1- Eléments d’une critique du système financier

 

Nous rappellerons tout d’abord les principes qui fondent notre critique du système financier, et plaident pour libérer la monnaie des prêts bancaires. Libérer la monnaie des prêts bancaires impose de changer la nature de ses contreparties. Autrement dit, de remplacer les créances privées par des créances collectives. Puis de les éteindre et de les renouveler de façon à autoriser une activité économique efficace et un partage des revenus équitable. C’est la régénération monétaire inspirée du jubilé.
Le système financier institutionnalise la fraude, crée de l’instabilité, enchérit le prix des biens et services, entretient les évasions de la monnaie et la détourne finalement de sa mission d’allocation optimale des ressources, en laissant à une multitude d’émetteurs privés le pouvoir de produire et de multiplier des faux droits monétaires gagés sur des dettes de toute sorte,

· Une mystification

Ce système est frauduleux parce qu’il est construit sur une mystification qui n’est toujours pas très bien comprise des économistes et des banquiers secondaires eux-mêmes. L’emprunteur qui bénéficie d’un prêt croit que celui-ci est financé par de l’épargne réelle. Il le croit volontiers et d’autant plus que le banquier lui-même ignore, lorsqu’il accorde ce prêt, s’il sera financé par la constitution et la reconstitution de dépôts ou par création monétaire, c’est-à-dire par refinancement auprès de la Banque centrale. Les banques secondaires ignorent quels seront leurs futurs besoins de financement puisqu’elles ne connaissent pas à l’avance le volume de remboursement des dépôts en monnaie centrale que leurs clients demanderont. C’est cette confusion entre création monétaire ex nihilo et prêt sur épargne de terme aussi long qui est frauduleuse et distord gravement la répartition des revenus par l’octroi de rentes à diverses catégories d’agents au détriment du reste de la population.

· Un manque de vision macroéconomique

Ce système est instable car les banques secondaires n’ont pas de vision macroéconomique de la régulation monétaire. Elles obéissent à une logique microéconomique dont l’objectif n’est pas d’équilibrer la masse monétaire au niveau de la production. Elles émettent de grande quantité de monnaie de crédit si elles estiment leurs encaisses suffisantes pour répondre aux éventuels demandes de retraits de leur clientèle. En revanche, elles en réduiront les émissions lorsqu’elles considéreront leurs encaisses insuffisantes. Ces variations sont à la source de cycles d’expansion, de boom économique, et de stagnation et de dépression. Elles créent ainsi une instabilité économique préjudiciable à l’activité et à la société. Par ailleurs, la multiplication de ces émissions privées de faux droits monétaires peut déstabiliser des marchés et des espaces économiques, faire chuter des monnaies, et favoriser la concentration de vastes patrimoines financiers. En face de ce pouvoir de faux monnayage des banques secondaires, les moyens des Banques centrales ou des Etats sont limités. Leurs réserves ne dépassent pas 10 % de la masse monétaire mondiale.

Le crédit bancaire peut ainsi, sans retenue, alimenter le marché boursier et donner naissance à des bulles financières spéculatives. Or, quand ces bulles sont financées par du crédit ex nihilo, c’est-à-dire n’ayant pas des épargnes réelles en contrepartie, mais des créances sur l’économie qui ne sont que des anticipations de remboursement de dettes, il y a détournement d’un bien commun économique à des fins personnelles. En effet, l’émission de monnaie, comme sa suppression, a pour objectif d’ajuster la demande de la consommation à l’offre de la production, à prix constant et à vitesse de circulation égale. L’émission et la suppression de monnaie ont des objectifs macroéconomiques de régulation. En revanche, l’offre et la demande de crédit bancaire ont des objectifs commerciaux et microéconomiques.
De surcroît, après l’éclatement d’une bulle spéculative, la dépréciation de la valeur marchande d’un actif va rendre insolvables les emprunteurs qui l’avaient retenu en gage des prêts consentis. La fragilité et l’instabilité du système financier reposent ainsi sur les enchevêtrements complexes de créances et de dettes qui le caractérisent. C’est la menace systémique bancaire qui pèse sur le système financier international. Le risque systémique apparaît lorsque la faillite d’une institution financière importante, ou de plusieurs institutions, quel que soit la cause de la défaillance, peut provoquer par une effet de contagion, par perte de confiance, par mimétisme, la faillite d’autres institutions et des situations de rupture importante au sein du ststème financier et bancaire. Le risque se transforme en crise systémique par effet domino.

· Une régulation onéreuse

Enfin, ce système est onéreux, car à la différence de la monnaie émise directement par la Banque centrale en contrepartie de réserves de changes, or et devises, mais surtout de créances publiques, la monnaie de crédit bancaire émise par les banques secondaires en contrepartie de créances privées, essentiellement de court terme, est chargée d’un intérêt au profit des banques créancières et au détriment des utilisateurs.
- D’une part, le prix de la monnaie de crédit bancaire ne permet pas de le distribuer à tous puisqu’il faut d’abord être solvable pour en faire la demande, et ensuite dégager un profit de l’activité supérieur à celui de l’intérêt demandé pour en tirer bénéfice.
- D’autre part, si les agents ne peuvent pas tous bénéficier de la distribution de cette monnaie de crédit, ils en financent tous son coût. En effet, les agents qui empruntent reportent sur la valeur des biens qu’ils acquièrent ou qu’ils produisent, et qu’ils mettent en définitive sur le marché, le coût du crédit, c’est-à-dire la valeur finale de l’intérêt composé qu’il supporte.
Ainsi, l’ensemble des producteurs et des fournisseurs reporte sur les prix de l’ensemble des biens et services proposés les intérêts des prêts et des emprunts qui en ont financé la réalisation ou l’acquisition. Selon Magrit Kennedy, ce surenchérissement de la production est souvent corrélatif à la proportion d’investissement nécessité. Ainsi, le coût des intérêts répercutés dans le prix des services de main d’œuvre s’élèverait à 10 %, mais pourrait atteindre 80 % si la production demande beaucoup de capital et peu de main d’œuvre. En fait, en moyenne, la moitié des prix couvre le coût du capital, l’autre celui du travail[1]. Il convient donc de dissocier le métier de préteur de celui de l’émetteur.


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