4- Libérer la monnaie de l’offre de prêts bancaires. 
Des réserves fractionnaires aux réserves intégrales


 ll faut donc rendre l’émission monétaire indépendante de la distribution des prêts bancaires pour supprimer ces mouvements cycliques préjudicables à la sécurité des agents, à la stabilité de la valeur des biens et à l’activité économique.

· Préserver la stabilité des prix

Libérer la monnaie de l’offre et de la demande des prêts bancaires permettrait d’en stabiliser la valeur en adaptant son rythme d’accroissement à la croissance naturelle des échanges économiques.
En effet, dans un système de couverture intégrale, les phases d’expansion économique ne produiraient pas de hausse des prix et les phases de récession ne produiraient pas de baisse des prix. En effet, comme l’explique Fisher, « le lien entre la dette et l’argent explique la notion répandue selon laquelle la croissance de l’économie tend, de par elle-même, à augmenter le niveau des prix et qu’une contraction de l’économie tend à faire chuter ce niveau. (…) Mais si le volume des moyens de paiement en circulation était constant, la croissance de l’économie, au lieu de tendre à augmenter les prix, tendrait à les faire baisser. A l’inverse, une contraction de l’économie, au lieu de tendre à faire baisser les prix, tendrait à les faire augmenter. (…) On en arrive à ne pas comprendre que les prix baissent quand l’économie s’améliore ou qu’ils grimpent quand elle se dégrade, et à proposer « d’ajuster la monnaie » pour combattre cette déflation ou cette inflation. La raison est simple : Dans un système fractionnaire, en multipliant les prêts, les banques augmentent la masse monétaire qui tend à augmenter les prix. Quand les prix augmentent, les profits augmentent, les entreprises croissent. C’est le boom. A l’inverse, quand l’économie se contracte, les prêts et les prix se contractent, les prêts et les prix en font autant, les profits se réduisent, les entreprises décroissent. C’est la dépression. Avec le système de réserves intégrales (100 % monnaie) le lien entre les prix et les affaires (activités) est rompu. « Le volume de la monnaie serait croissant lorsque l’économie croît mais pas plus vite, ce qui constituerait une monnaie élastique. Bien-sur, de façon générale, les prêts croîtraient et décroîtraient avec l’économie, mais n’auraient plus le moindre effet sur la monnaie en circulation[1]. »

· Garantir la sécurité de l’épargne

Dans ce système, la Banque centrale n’est plus prêteur en dernier ressort car le risque d’illiquidité bancaire n’existe plus. Les banques sont toujours liquides. Si elles ne le sont pas, c’est parce qu’elles ont fraudé illégalement. Dans ce cas, pour éviter la faillite qui n’a, au demeurant, aucune incidence systémique, elles devront emprunter sur les marchés, se recapitaliser voire être nationalisée. Rothbard est ici très sévère. Il écrit : « Curieusement beaucoup de gens affirment que les banques ne pourraient jamais gagner leur vie si elles devaient fonctionner ainsi avec « 100 % de réserves » Pourtant, cela ne pose aucun problème pas plus qe pour n’importe quel entrepôt. Quasiment tous les entrepôts conservent les biens de leurs propriétaires (c’est-à-dire 100 % de réserves). En fait, s’ils agissaient autrement ce serait considéré comme de la fraude ou du vol. Leurs profits proviennent des services qu’ils facturent à leurs clients. Les banques peuvent facturer leurs services de la même manière. On rétorque que les clients n’accepteraient pas de payer des frais élevés. Cela signifie que les services bancaires ne sont pas très demandés, et que leur usage doit baisser jusqu’à des niveaux qui soient attractifs pour les consommateurs[2]. »

· Rééquilibrer le court terme et le long terme

Enfin, à l’opposé du système de couverture fractionnaire qui favorise implicitement une vision économique à court terme dénoncée précédemment, le système de couverture intégral réorganise cette vision sur des bases plus sereines. Dans un système de réserves fractionnaires, les banques privilégient les actifs réalisables à court terme afin de s’assurer contre les risques d’illiquidité. Dans un système de réserves intégrales, en revanche, ce risque n’existe plus puisque ces actifs sont intégralement couverts par des encaisses en monnaie centrale. Les banques peuvent ainsi détenir des actifs à plus long terme en plus grande quantité, ce qu’elles ne faisaient pas par crainte des ruées bancaires. Fisher soulignait qu’un effet important du système 100 % monnaie serait d’allonger la durée moyenne des prêts bancaires. Sous le système de réserves fractionnaires « les banques essaient souvent de rendre les prêts le plus court possible à leur convenance, bien que les emprunteurs les veuillent plus longs. En effet, les banques ont besoin d’être liquides et d’être capables, dans un bref délai de rapatrier de l’argent pour renforcer leurs fragiles réserves. Or, la longueur des prêts devrait convenir au monde des affaires et de l’économie, et non pas aux banques. « Une des conséquences du système fractionnaire adopté comme il l’est à la situation précaire des banques détenant de faibles réserves et d’impôts dépôts à vue, est de voir les prêts anormalement à court terme aujourd’hui[3]. » A l’inverse, dans un système de couverture intégrale en 100 % monnaie, l’investissement à long terme, facteur de stabilité éonomique, pourrait enfin se substituer à la précarité croissante de nos sociétés.

· Vérité des taux d’intérêt

On peut, par ailleurs, considérer qu’un taux de couverture fractionnaire des dépôts par les encaisses permet de réduire les taux d’intérêt. Il s’agit là d’une illusion d’optique. En effet, dans un système fractionnaire, le taux d’intérêt nominal est certes plus bas puisqu’il y a une grande quantité de prêts, mais c’est une illusion que donne une expansion ephémère. En période de dépression, le mécanisme est l’inverse : les emprunteurs deviennent insolvables et subissent la réduction de l’offre de crédit quand les banques cherchent des disponibilités. Le taux d’intérêt nominal est surélevé.

Dans un système à 100 %, en revanche, le taux nominal sera peut-être plus haut si l’épargne est rare, mais il sera plus stable et l’emprunteur pourra par ailleurs emprunter tout le temps. Il faut rappeler que la confusion actuelle de l’épargne et de la monnaie de crédit bancaire ex nihilo constitue une perversion majeure. Selon Maurice Allais « l’épargne et sa contrepartie l’investissement ont des fonctions altérées et rendues malsaines dès lors qu’en raison de la création monétaire générée par le crédit, des taux d’intérêt plus faibles qu’ils ne seraient à l’équilibre incitent les particuliers, les entreprises ou les Etats à réaliser des investissements successifs qui en réalité compromettent une efficacité maximale de l’économie, et sont à vrai dire tout à fait inconsidérés [4]"


Le retour à la Banque centrale du pouvoir d’émission monétaire implique que les Banques secondaires ne pourront plus se refinancer auprès d’elle. La Banque centrale ne procédera plus à aucune opération de réescompte et d’achat de créances détenues par les banques secondaires. En conséquence, comme les taux d’intérêt du marché secondaire (TMM) ne seront plus influencés par les taux de refinancement de la Banque centrale, qui en principe sont, en réel, positifs, ils devront baisser. On admet fréquemment que la différence entre le taux de financement sur le marché monétaire (TMM) et le taux de base bancaire (TBB) que les banques accordent à leurs meilleurs clients est de l’ordre de 2 %. Les taux d‘intérêt de base bancaire ne seront donc plus influencés que par le niveau de l’offre et la concurrence entre banques.