6- La séparation des activités bancaires de dépôt et de prêt.
Le plan de couverture intégrale de tous les dépôts 


 

Après Irving Fisher, d’autres auteurs comme les prix Nobel Milton Friedman, Maurice Allais proposèrent à leur tour de séparer les activités des banques et de revenir à un taux de couverture intégrale des dépôts[1].

Maurice Allais, en particulier, prolongea la pensée de Fisher en dissociant les banques de dépôt et les banques de prêt. Dès 1947, dans « Economie et intérêt », puis, en 1976, dans « La réforme monétaire », Maurice Allais avait proposé de faire relever le domaine de la création monétaire de l’Etat, ou de sa Banque centrale, afin de donner aux pouvoirs publics une maîtrise totale de la masse monétaire. Afin de suspendre définitivement toute création monétaire autre que celle de la monnaie émise par la Banque centrale, il convenait que tout dépôt bancaire, qu’il soit à vue ou à terme, soit effectivement couvert par de la monnaie centrale. En effet, Allais souligne que « quelque soit sa valeur, le plan de l’Ecole de Chicago néglige complétement la monétisation de tous les actifs des banques et intermédiaires financiers autres que ceux correspondants aux dépôts à vue et il ne saurait être considéré comme suffisant pour faire disparaïtre les défauts majeurs du système actuel du crédit[2]. » Il estimait donc nécessaire de respecter un cloisonnement rigide des activités bancaires de manière à interdire toute confusion entre le dépôt et le prêt, et proposait la dissociation les banques de dépôt et les banques de prêt auxquelles il ajouta les banques d’affaires :
- Les banques de dépôt devront exclusivement assurer la garde des dépôts à vue, en monnaie centrale et effectuer les services d’encaissement, de paiement et la garde des dépôts de leurs clients, à coût réel. Elles ne pourront pas se livrer à des activités de prêt. Une couverture intégrale de tous les dépôts à vue sera naturellement exigée en monnaie centrale. Comme ces banques de dépôt ne pourront émettre de la monnaie de crédit, les comptes de leurs clients ne pourront comporter aucun découvert.
- Les banques de prêt assureront comme aujourd’hui l’escompte et le négoce des traites, des créances sur l’économie et des promesses de payer. Cependant, tout prêt d’un terme donné devra être financé à partir d’un emprunt d’un terme au moins aussi long. Elles ne pourront donc plus emprunter à court terme pour prêter à long terme, mais devront emprunter à long terme pour prêter à plus court terme, étant entendu que le montant global des prêts ne pourra excéder le montant global des fonds empruntés. Ces banques ne pourront pas émettre de la monnaie de crédit. Elles devront, de surcroît, avoir l’obligation de publier la distribution des éléments de leurs actifs et de leurs passifs en fonction de leur maturité. Enfin, les banques d’affaires, sous catégorie des banques de prêt, emprunteront directement au public et aux banques de prêt. Elles ne pourront pas émettre de la monnaie de crédit. Elles investiront dans les entreprises les fonds empruntés[3].
Les dispositions relatives à ces deux catégories de banques devront s’appliquer intégralement aux filiales des banques étrangères situées dans l’Union européenne, pour les dépôts en euros, mais aussi pour les dépôts stipulés en monnaie étrangère.
Maurice Allais introduit dans sa réforme monétaire plusieurs éléments nouveaux relativement à la proposition de 100 % monnaie d’Irving Fisher et de l’Ecole de Chigago. Il sépare les banques en deux entités distinctes : banques de dépôt d’une part, et banques de prêt d’autre part. Il interdit aux banques de prêter des dépôts à plus long terme qu’elles ne les possèdent. Il prévoit un taux d’émission monétaire.
Maurice Allais soulignait que cette organisation bancaire permettrait :
« de rendre impossible toute création monétaire autre que celle de la monnaie émise par la Banque centrale,
- de supprimer les déséquilibres résultant du financement d’investissements à long terme par des emprunts à court terme,
- de maîtriser le volume de la masse monétaire souhaitée, les émissions et les annulations de la monnaie,
- de rendre à la collectivité les gains provenant de la création monétaire,
- de permettre le contrôle par l’opinion publique et le Parlement de la politique monétaire,
- d’égaliser le taux d’investissement au taux d’épargne [4] ».
Ainsi tous les dépôts bancaires seront couverts par de la monnaie centrale, quelle que soit l’activité bancaire, puisque les dépôts à vue seront couverts par de la monnaie centrale, et les crédits bancaires par des dépôts de terme égal ou plus long, Cette obligation de couverture intégrale de tous les dépôts bancaires affectera les comportements de la Banque centrale, des épargnants et du système dans son ensemble.
- Elle rendra la Banque centrale seule responsable de l’émission et de l’affectation de la monnaie de crédit.
- Elle rendra les épargnants et les établissements qui gèrent leurs avoirs monétaires et financiers, établissements de crédit, institutions financières, seuls responsables de l’affectation qui leur est donnée et des risques qu’elle implique.
- Elle permettra d’éviter les désordres récessifs issus des confusions et des enchevêtrements, savamment entretenus entre la monnaie de crédit et le capital constitué par l’épargne et sa rémunération. 


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[1] -  On notera : - Maurice Allais, Les conditions de l’expansion dans la stabilité sur le plan national, Revue d’économie politique, janvier 1967. - Milton Friedman, A program for monetary stability, Fordham University press 1959.
2 - M. Allais, opus cit. page 207.
3 -  Maurice Allais, Les conditions monéraires d’une économie de marchés.  Association française des sciences économiques. Jeudi 9 novembre 1999.
4  - Maurice Allais, L’impôt sur le capital et la réforme monétaire. Merann 1976, page 203.