7- De quelques approches récentes


De nouveaux courants de pensée proches des concetions monétaires issues de l’Ecole de la banque (banking principle) et des propositions d’Irving Fisher, ont, depuis les années 1990, repris quelques principes proches du 100 % monnaie. On citera ici la proposition de réforme monétaire pour l’âge de l’information de James Robertson et Joseph Huber, et celle des banques étroites (narrow bank) autour de James Tobin, Neil Wallace et John Kay.

· La réforme du seigneuriage pour l’âge de l’information

James Robertson et Joseph Huber ont ainsi adapté le droit régalien de battre monnaie à l’âge de l’information dans leur proposition de réforme monétaire[1]. Il s’agit de réserver aux autorités centrales monétaires la création des billets de banque et des pièces de monnaie, mais aussi des « fonds électroniques créés par les banques sur nos comptes courants ». Ils soulignent en effet que « la monnaie dématérialisée non liquide (c’est-à-dire l’argent créé par les banques, déposé sur des comptes bancaires et transféré entre elles par des technologies informatiques et des télécommunications modernes) est désormais prépondérante. Ils estimaient à environ 45 milliards de livres par an dans les années 2000, le gain qui reviendrait à l’Etat britannique si cette réforme était mise en place. La Banque centrale émettrait ainsi de la monnaie sans intérêt pou le compte de l’Etat. Selon Robertson et Huber , cette « réforme du seigneuriage dans les sociétés démocratiques de l’ère de l’infomation permettra de restaurer la prérogative de l’Etat, dès à présent et pour le compte de tous les peuples et de transformer la mise en circulation de la masse monétaire en recettes publiques ».

· Les banques étroites

Une autre approche repose sur l’idée de banques étroites (narrow bank), à activités limitées, distinctes des autres institutions finanières. Les banques étroites seront chargées de recueillir les dépôts, d’assurer les paiements, d’accorder des prêts à leur clientèle, financés par l’épargne déposée ou empruntée. Elles assureront des lissions de service général. Leurs dépôts doivent être couverts par des actifs liquides sécurisés, notamment des titres publics. Ils sont garantis en cas de crise. Les autres institutions financières ne pourront pas recueillir de dépôts à vue, mais collecteront l’épargne des investisseurs qu’elles pourront placer sur les marchés financiers. Il semblerait cependant que les apports de Maurice Allais à la réfome du 100 % monnaie n’ont pas été repris dans cette proposition. En effet, les concepteurs de la Banque étroite s’inspirent de la distinction entre banques de dépôt et de prêt, d’une part, et de banque d’émission scripturale, d’autre part, qu’avait fait Fisher en reprenant Ricardo, mais ils occultent la monétisation des actifs qui pourrait résulter des prêts dont la durée excède celle du dépôt de l’épargne qui le couvre. Cette critique de Maurice Allais demande la séparation des activités des banques de dépôt et des banques de prêt, et une obligation correspondance de maturité des actifs et des passifs bancaires[2].

Les banques étroites n’appellent, in fine, rien aux propositions antérieures.

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[1] - James Robertson et Joseph Huber, Creating New Money : A monetary reform for the information age, New economics fondation, London 2000.
[2] - Sur les banques étroites : Neil Wallace, Narrow banking meets the Diamond-Dybvig model (Federal rerserv of Minneapolis) 1996. James Tobin, Financial innovation and deregulation in perspective, Bank of Japon, Monetary and economics studies, vol 3, n°2, 1985.
John Kay, London School of Economics, Narrow Banking. The reform of banking regulation, 15 September 2009, Centre for the Study of Financial Innovation (CSFI). Gabriel Galand, Dans le modèle de John Kay, l’Etat et les entreprises éligibles autorisées émettent des titres pour financer leurs dépenses. Ces titres sont monétisés par les banques étroites. Mais, comme le souligne Gabriel Galand (La structure des banques en question, www.chomage-et-monnaie.org, 29 janvier 2010), dès lors que les comptes courants sont garantis par la monnaie centrale, la présence de titres d’Etat n’est plus obligaoire. Ceci revient à demander 100 % de réserves aux banques étroites. On en déduit que la viabilité de ce système exige qu’il repose sur une couverture intégrale des dépôts par de la monnaie centrale. Celle-ci exige une correspondance de la maturité des acifs et des passifs bancaires comme nous le notons plus haut. Or, « il est impossible de garantir à tout momenet la parfaite adéquation entrer le volume de monnaie contenu dans les comptes d’une part, et les titres à l’actifs d’autre part, car les titulaires de comptes sont libres de faire circuler leur monnaie de banque en banque. » On en déduit qu’il « apparait alors une contradiction entre d’une part la disponibilité de monnaie centrale et d’autre part l’interdiction qui est faite aux banques de monétiser cette monnaie centrale »