8- L’accroissement de la masse monétaire 
en temps ordinaire et en temps extraordinaire

 L’augmentation de la masse monétaire fait l’objet de plusieurs propositions qui s’inscrivent dans la même approche d’une progression régulière proportionnelle à l’activité économique.

- En temps ordinaire

La proposition de Maurice Allais reste la plus précise. Il écrit : « D’une manière générale, la politique monétaire devrait faire l’objet d’une loi cadre définissant ses objectifs et ses conditions d’application sous le contrôle du Parlement. Le volume de la monnaie de base devrait être augmenté chaque année à une allure régulière de manière à assurer une croissance du niveau moyen des prix de l’ordre de 2 % par an. A cet effet, le taux d’accroissement de la monnaie de base pourrait être fixé chaque année par la loi à une valeur égale aux taux d’accroissement du produit national réel majoré de 2 % ». Il s’agit « de ne jamais freiner l’expansion et d’assurer constamment une demande globale suffisante pour assurer l’écoulement effectif de la production à des taux lentement croissants ». Allais explique ce principe en note : « Le texte d’augmentation de la monnaie de base pourrait être fixé chaque trimestre, sa valeur étant égale au taux d’augmentation du produit national brut réel le trimestre précédent majoré de 0,25 %. Comme je l’indiquais en 1967, cette proposition est analogue à celle de Milton Friedman qui propose de fixer le taux d’expansion de la masse monétaire à 4 % l’an (A program for monetary stability pp. 90 et 100). Mais en fixant le taux d’accroissement de la masse monétaire à une valeur indépendante du taux d’accroissement du volume de la production, Milton Friedman introduit une rigidité peu désirable. Milton Friedman a montré de manière convaincante que dans la plupart des cas des interventions des autorités monétaires américaines ont joué à contresens. La même démonstration pourrait sans doute être faite en ce qui concerne l’action des autorités monétaires françaises au cours du dernier siècle[1]. On retiendra, en temps ordinaire, une progression nominale de la masse monétaire égale à un taux d’accroissement du PIB réel majoré d’environ 2 % par an pour ne pas pénaliser le niveau de l’activité.

- En temps extraordinaire

En revanche, en temps extraordinaire, ce taux d’accroissement pourra être contracyclique afin d’entrainer l’activité. Fisher explique ainsi le cas d’une grande guerre. Il souligne qu’en ce cas, si un choix doit être fait « entre maintenir une monnaie stable et maintenir l’existence même de la nation, il est évident que c’est le second choix qui s’imposerait. » En ce cas, l’obligation de maintenir un niveau de stabilité des prix accompagné d’un léger taux d’inflation accepté autour de 2 % l’an pourra ne pas être respecté. Mais, « cette rupture de stabilité des prix ne sera à aucun moment cachée au public. Ce sera le résultat d’une décision exprimée par le Parlement, qui en l’occurrence, aura fait, au nom du peuple et de la nation, un choix délibéré entre deux maux[2]. En effet, dans un système de réserves fractionnaires, toutes les banques peuvent émettre de la monnaie bancaire, mais aucune ne peut en apprécier le volume total. Elles produisent de l’inflation en l’ignorant et sans permettre aux agents économiques de s’en prévenir en anticipant ses effets. A l’inverse, dans le système de couverture intégrale des dépôts en 100 % monnaie, il n’y a plus qu’un seul émetteur de monnaie qui, par conséquent, peut en apprécier le volume. C’est donc en tout état de cause que celui-ci, pour le compte de l’Etat et avec l’accord du Parlement, décide de rompre le lien entre activité économique et émission monétaire afin de mener une politique monétaire contracyclique, capable de répondre aux exigences et défis d’un temps extrordinanire, comme celui de la guerre.
On soulignera cependant que, par extension, la guerre est aussi la lutte que des peuples peuvent mener contre des fléaux sociaux et environnementaux qui, à terme, peuvent les ruiner, les opprimer, voire les anéantir. La lutte contre la pauvreté et la misère, pour l’accès à l’eau, pour le développement, pour maintenir les grands équilibres climatiques, ne sont pas des guerres moins nobles et moins légitimes que celles qui prévalurent hier. L’adage prêté à Clifford Douglas « tout ce qui physiquement réalisable doit être financièrement possible » doit sans doute s’appliquer ici.

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[1] - M. Allais, opus cité. Page 207-208 et note 22 page 320.
[2] - I. Fisher, opus cité. Chapitre 6. Le système 100 % et le contrôle monétaire.