9- Le changement de modèle : des réserves fractionnaires 
à la couverture intégrale des dépôts en 100 % monnaie


Le passage d’un système à réserves fractionnaires au système 100 % monnaie, avec couverture intégrale de tous les dépôts par de la monnaie centrale, pourrait se faire en une seule fois, sans procéder par plusieurs paliers de réserves. Il y a, en effet, beaucoup d’inconvénients à procéder ainsi et aucun avantage à en retirer. Décomposons le mouvement : Admettons ici que nous exigions des banques de passer d’un taux de 8 % à un taux de 20 %, puis au-delà ultérieurement. Que se passe-t-il ? Les banques vont diminuer la distribution de prêts à leur clientèle (c’est-à-dire réduire le volume de monnaie bancaire qu’elles émettent) jusqu’à ce qu’elles puissent atteindre ce taux de réserves de 20 %. Elles atteindront ce taux quand les prêts qu’elles avaient précédemment distribués leur seront remboursés. En attendant, elles devront diminuer l’encours des prêts qu’elles pouvaient précédemment accorder. Admettons une masse monétaire M1 (pièces, billets et dépôts) de 400 avec 8 % de réserves fractionnaires : soit 32 d’encaisses en monnaie centrale (billets, pièces) et 368 d’émissions bancaires ex nihilo (avec 32 x 1/0,08). Si elles doivent respecter un taux de réserves de 20 %, la même encaisse de 32 leur permettra d’atteindre 160 (avec 32 x 1/0,2). Elles ne renouvelleront donc plus leurs encours de prêts. La masse monétaire se divisera par 2,5 (soit 400/160) avec 32 en monnaie centrale et 128 en monnaie bancaire ex nihilo. Conséquence immédiate : C’est un mécanisme de « credit crunch » qui se mettra en place, de rationnement du crédit, donc de contraction de la masse monétaire dont les impacts sur l’activité économique sont connus : baisse de la demande, baisse des prix, donc baisse des salaires, où à défaut, montée du chômage, etc. Le scénario continuera et s’amplifiera bien évidemment en passant à 30 %, 50 %...jusqu’à 100 % des dépôts.

Pour éviter ce scénario catastrophe, la Banque centrale doit avancer de la monnaie centrale aux banques afin d’éviter une contraction de la masse monétaire. Dans notre exemple, la Banque centrale va donc avancer aux banques 48 en monnaie centrale afin qu’elle puisse créer ex nihilo 192 en monnaie bancaire. On retrouve donc l’équilibre précédent avec M1 = 400 mais avec 20 % de monnaie Banque centrale (32 + 48) et 80 % de monnaie bancaire ex nihilo (128 +192) Et ainsi de suite jusqu’à une couverture intégrale de tous les dépôts (100 %).

On voit donc qu’il n’y a aucune raison technique ou économique qui justifie d’étaler dans le temps cette obligation de couverture intégrale de tous les dépôts. Il ne s’agit pas, en effet, de fournir intégralement en pièces, billets et petites coupures à l’ensemble du réseau bancaire s’il passe du jour au lendemain d’un taux de couverture fractionnaire à un taux de couverture intégral de tous ses engagements. Il s’agit simplement de s’assurer que les engagements bancaires n’excèdent pas les dépôts, pièces, billets mais également dépôts en compte d’écriture à la Banque centrale, ce qui ne nécessite qu’une écriture comptable.

Par ailleurs, cette obligation de couverture intégrale des engagements bancaires en monnaie centrale sera annoncée préalablement pour laisser aux banques le temps de se positionner en banque de dépôt ou en banque de prêt et de refonder leurs métiers en conséquence.


Le plan de transition du système de réserves fractionnaires à un système de couverture intégrale de tous les dépôts fut détaillé par Maurice Allais. Chaque banque optera, tout d’abord, entre une activité de dépôt et une activité de prêt. Puis, au jour donné de la réforme, l’ensemble du réseau bancaire recevra une avance de la Banque centrale égale « à l’excès de la masse monétaire M sur la monnaie de base B (ou centrale). Cette avance portera intérêt « au bénéfice du Trésor Public au taux progressivement élevé à celui des obligations de premier rang diminué de 2 % ». Cette avance de monnaie centrale viendra se substituer à la monnaie bancaire ex nihilo dans les comptes bancaires. Ainsi, la monnaie centrale précédemment utilisée au financement de prêts viendra couvrir les dépôts à vue des banques de dépôt, et de la même façon, les épargnes à court terme précédemment utilisés au financement de prêts à plus long terme, viendront couvrir des prêts de terme égal ou plus court. L’avance accordée par la Banque centrale viendra alors couvrir les prêts qui, après ces transferts, ne seront plus couverts. « Au total, on voit ainsi que par de simples transferts de banques à banques, on passerait dans un délai relativement bref à une situation où la totalité des dépôts serait gérée par les banques de dépôt avec une couverture intégrale de leurs dépôts en monnaie de base et où la totalité des prêts serait gérée par les banques de prêts [1]. » 

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[1] - Maurice Allais. Opus cité, pages 319-320, note 10.[