Chapitre 10 -  Les apparences de la prospérité : 
De la Grande Guerre au krach
du jeudi 24 octobre 1929 

extraits (...)



Le Gold Exchange standard, qui permettait aux pays ruinés d’économiser leur or, ne résista pas longtemps aux protectionnismes des années 1920, quand les pays recommencèrent à protéger leur marché intérieur, et à la faiblesse des encaisses aurifères qui devaient couvrir les devises.

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Les systèmes monétaires jusqu’à la seconde Guerre mondiale
XIXe siècle : système d’étalon-or universel (Gold standard). Il remplace le bimétallisme : changes fixes.
1914 : système conjoncturel de changes flottants.
1922 : système d’étalon change or (Gold exchange standard), adopté à la Conférence de Gênes : changes fixes.
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Le rentenmark
 

Dans ces années d’après-guerre, les pays vainqueurs, à défaut de rentrées fiscales suffisantes pour financer la reconstruction, avaient toujours la possibilité de recourir à l’emprunt. Ce n’était pas le cas des pays vaincus. Ces derniers recouraient le plus souvent, pour faire face à leurs échéances, à des avances de leur Banque centrale. Ces crédits vinrent gonfler le volume de monnaie en circulation sans qu’il y ait une production de même valeur en contrepartie. Ce fut le cas de nombreux pays, dont la France, jusqu’en 1924, mais surtout de l’Allemagne en 1922. Dans le début de la république de Weimar, l’inflation augmentait si rapidement que la population allemande n’avait plus confiance en la monnaie officielle. Les prix furent ainsi multipliés par 1000 milliards entre 1914 et 1923. Outre des devises, des bons d’achat indexés sur le prix du seigle, du blé, des crédits indexés sur le cours du sucre, des emprunts de coke et d’autres substituts monétaires, circulaient dans le pays.
Rudolf Hilferding qui fut ministre des finances en 1923 et 1928, nommé en pleine hyperinflation, constatant que la monnaie n’était plus gagée sur l’or, mais sur du crédit depuis la fin du XIXe siècle, avait imaginé un nouveau mark, sans lien avec l’or, mais ayant pour contrepartie les potentialités économiques allemandes. Cette proposition révolta les financiers de la Reichbank qui obtinrent son départ. Mais le principe, qui était alors novateur, fut repris plus tard. 
Un représentant des agriculteurs, Helfferich, proposa alors d’émettre une monnaie spéciale couverte par des titres de rente et indexée sur le seigle. Cette idée fut intégrée au plan déflationniste que proposait l’économiste Ernst Wagemann[1]. Son plan s’articulait autour de trois principes :
1- l’Etat devait utiliser les rentrées fiscales pour réduire et annuler la dette publique ;
2- les possibilités de création monétaire par crédit ex nihilo des banques devaient être réduites tandis que les agents économiques amortiraient leurs dettes ;
3- enfin la reconstitution de l’épargne devait annuler l’inflation due à l’accélération de la circulation monétaire.
Ce fut Hjalmar Schacht, un banquier devenu Commissaire du Reich à la monnaie le 13 novembre 1923, qui mit en œuvre ces propositions. Il connaissait très bien les théories de Wagemann et de Silvio Gesell précédemment évoquées. Le 20 novembre 1923, il créa le rentenmark. Ce n’était pas un moyen de paiement légal, il n’avait pas de cours forcé ni de pouvoir libératoire. Ce n’était qu’une monnaie intérieure, mais à tout moment les utilisateurs pouvaient l’échanger contre des titres hypothécaires cotés en Bourse. Théoriquement, il valait un mark or, mais il avait pour garantie une hypothèque sur la propriété foncière allemande.  Ce jour-là, je le rappelle, le dollar s’échangea contre 4 trillions 2 cent milliards de marks, il valait 4,2 marks le 31 juillet 1914.
Dans le même temps, Schacht prit trois mesures énergiques avec :
1- la suppression de tous les billets et substituts monétaires privés,
2- la réduction du volume des moyens de paiement,
3- et surtout  la suppression des crédits bancaires.
Sur ce dernier point, il raconta qu’il bloqua « sans autre forme de procès tout crédit ultérieur sur effet de commerce. En temps normal, les effets apportés par l’économie étaient le moyen habituel de se procurer du crédit auprès de la Banque du Reich. Il n’était encore jamais arrivé que celle-ci refusât d’escompter des bons du commerce. [2] » Il le fit cependant, ce qui permit de rétablir en quelques mois la parité mark dollar de 1914.
L’hyperinflation de 1923 et les dégâts humains et sociaux qu’elle engendra restent cependant dans la mémoire collective allemande. Ils expliquent avant tout l’attachement allemand à la stabilité monétaire.
C’est parce que Schacht supprima totalement la possibilité de monétisation des promesses de payer des banques secondaires, et par conséquent, d’émission de monnaie de crédit bancaire,  que l’inflation fut jugulée et la stabilité monétaire retrouvée aussi rapidement.  
 
Le krach : faits et mécanismes
 
Après la crise de 1921, l’activité économique reprit cependant le dessus grâce aux travaux nécessités par la reconstruction. L’optimisme régnait, la crainte d’un retour des crises économiques cycliques fut oubliée, ce qui contribua à faire disparaître toute prudence.
 
Aux Etats-Unis, la spéculation portait curieusement sur les valeurs qui avaient subi les plus grandes dépréciations et dont l’avenir n’était pas assuré, par exemple les chemins de fer et les services publics au détriment des autres valeurs industrielles.
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[1]  - Ernst Wagemann, La réforme de la monnaie et du crédit  (Geld und Kreditreform) 1932.
[2]   - Hjalmar Schacht, Mémoires d’un magicien  (Amiot Dumont 1954).