Chapitre 11 -  De l’accroissement mondial
des écarts sociaux, des exutoires
et des malversations du capitalisme

extraits (...)

Certains secteurs ont concouru à l’augmentation de ces écarts sociaux et à l’explosion des hauts revenus. Une étude du Centre d’études et de l’emploi (CEE)[1] publiée en 2005, spécifique au secteur professionnel bancaire en France, menée de 1978 à 2004 auprès de trois banques françaises révèle que leurs dix plus hauts revenus sont passés en moyenne de 230.000 euros à 4 millions d’euros.  L’étude souligne notamment qu’« à la faveur de la libéralisation financière des années 1980, les banques ont investi sur les activités du marché, où elles ont rencontré des pratiques salariales très différentes de celles de la banque traditionnelle, assez proche de la fonction publique. » Cette survalorisation des hauts revenus a contribué à creuser les écarts sociaux de ce secteur. En 1979, les 10 % des salariés les mieux payés de ce secteur représentaient près de 20 % de la masse salariale, ils en couvraient en 2005 près de 30 %.
 
Les inégalités sociales dans le monde
 
Mesurés à l’aune des inégalités sociales du reste du monde, les écarts de revenus et de niveaux de vie restent en France très modérés. Ils subissent cependant, en tendance, leurs influences alors que les politiques de redistribution s’avèrent toujours plus limitées.
 
Quelques outils de comparaison statistique et internationale
·      La courbe de Lorenz[2] est une représentation graphique qui permet de décrire la répartition des revenus (ou des patrimoines) d’une population donnée. On porte en abscisse (axe horizontal du graphique) la part de la population totale et en ordonnée (axe vertical du graphique) la part du revenu total. Une répartition égalitaire parfaite des revenus est symbolisée par la diagonale. Plus la répartition  est inégalitaire, plus la courbe de Lorenz s’en écarte.
·      Le coefficient de Gini[3] permet de mesurer le degré d’inégalité de la distribution des revenus dans une population donnée. Il varie de zéro (0) pour une situation d’égalité parfaite (dans laquelle tous les individus ont des revenus identiques), à un (1) pour une situation d’inégalité totale (dans laquelle un seul individu possède l’ensemble des revenus et les autres aucun).
·      La parité de pouvoir d'achat (PPA) est un taux qui permet de comparer les pouvoirs d’achat et le coût de la vie d’un pays à l’autre. Il convertit dans une même monnaie, souvent le dollar, les pouvoirs d’achat définis par un même panier de près de 3000 biens et de services entre pays. Il diffère du taux de change qui ne compare que des valeurs monétaires indépendamment du pouvoir d’achat qu’elles contiennent. Il ne peut cependant pas indiquer la dispersion des revenus des pays considérés.
Le dollar international est la mesure la plus souvent utilisée pour comparer les PIB par habitant à parité de pouvoir d’achat. Il offre, pour chaque pays étudié, le même pouvoir d’achat rapporté à son PIB que le dollar américain rapporté au PIB des Etats-Unis.
 
Le tableau suivant compare le coefficient de Gini du PIB par habitant à parité de pouvoir d’achat en 2004. On constate que pour une moyenne de distribution du  PIB par habitant de l’ensemble des pays de l’OCDE égale à un coefficient de Gini de 0,368 la Suède est le pays où la distribution est la moins inégale avec un coefficient de 0,250 et l’Afrique subsaharienne la région où elle est la plus inégale avec 0,722. En France, ce coefficient était de 0,327 et aux Etats-Unis de 0,450.

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1] - Etude du CEE (Centre d’études de l’emploi) sur les bilans sociaux de la Société Générale, de la BNP Paribas et du Crédit lyonnais (ancienne dénomination de LCL) de 1978 à 2004. (Le Monde du 29 novembre 2005).
[2] -  C’est l’économiste américain Max Otto Lorenz (1880-1962)  qui conçut, en 1905, une courbe qui porte son nom pour décrire les inégalités de dispersion d’une série statistique (revenu, patrimoine, classes d’âge) dans une population  donnée.
[3] - Corrado Gini (1884-1965, statisticien et sociologue italien. Le coefficient de Gini se calcule sur la courbe de Lorenz. Il compare l’aire du triangle formé de l’abscisse, de la coordonnée et de la diagonale exprimant la représentation égalitaire parfaite (aire égale à 0,5) à celle formée par l’abscisse, l’ordonnée et la courbe de Lorenz. Proche du régime fasciste, Gini contribua à épargner les populations juives des communautés karaïmes pendant la Seconde Guerre mondiale.