Chapitre 12 -Des accords de Bretton Woods
aux dernières crises du XXe siècle  

extraits (...)


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Par ailleurs, à partir de 1988, des coupes circuits furent installés qui permettent de suspendre les cotations au-delà de 10 % de chute. Au terme du mandat de Paul Volker, Alan Greenspan, nommé le 11 août 1987 gouverneur de la FED, remonta cependant rapidement le taux d’intérêt à court terme à 6,5 % à l’été 1988 et à 10,5 % au printemps 1989.
Ce krach boursier révéla cependant le danger de bloquer les mouvements du dollar et la faiblesse des gouvernements en face des marchés financiers. Il souligna également l’interdépendance entre les marchés des changes, de l’intérêt et des actions,  les déséquilibres de l’un entraînant celui de l’autre.
 
 
Les crises financières de la fin du XXe siècle
 
Le krach de 1987 n’a cependant pas ralenti les flux transnationaux de capitaux qui continuèrent à  augmenter. Ils atteignirent, dès la décennie 1990, des volumes qui excédaient de loin les réserves additionnées de toutes les Banques centrales. Le total quotidien des transactions monétaires mondiales dépassait alors les 1000 milliards de dollars, soit une valeur proche de celle du PIB français.  L’ampleur et la rapidité de ces flux ont des effets dévastateurs. Ces mouvements de capitaux peuvent déstabiliser, voire ruiner à tout moment, des secteurs ou des régions, des pays économiquement fragiles, lorsqu’ils désertent une place financière pour se placer sur une autre d’un rapport plus prometteur, et se propager rapidement à toutes les économies monétisées du monde. Face à ce développement des flux financiers, le FMI ne peut plus mobiliser suffisamment de capitaux pour atténuer les effets déstabilisateurs de ces fuites de capitaux. Ces flux financiers transnationaux multiplient les risques d’instabilité des  marchés financiers. En effet, ceux-ci réagissent à partir d’anticipations autoréférentielles qui activent et alimentent des réactions en chaîne. Toutefois, l’étude des crises financières et des récessions qui se sont succédé depuis la Seconde Guerre mondiale confirme cependant que leurs causes sont toujours identiques à celles qui prévalurent lors des dépressions du XIXe  siècle et de la première partie du XXe. Les crises latentes et répétitives de la dernière décennie du XXe siècle et du début du XXIe siècle peuvent illustrer cette affirmation. Citons ici pour mémoire la crise des caisses d’épargne américaines, la faillite de l’Etat russe et la crise argentine.
 
· La crise des caisses d’épargne américaines « Savings and Loan »
 
Comme dans toutes les crises financières, la crise des Savings and Loan (les caisses d’épargne américaines) des années 1980 résulte de la conjonction de plusieurs facteurs liés à des situations de retournement des marchés (marché de l’argent, marché immobilier, marché du pétrole). Elle trouve cependant son origine dans la politique de régulation de la FED, après la décision de Paul Volker, son gouverneur de l’époque,  de relever son taux de refinancement.
Rappelons que le taux d’intérêt appliqué par la Banque centrale au refinancement des banques secondaires  influence directement les taux d’intérêt à court terme du marché monétaire, mais n’affecte pas les taux d’intérêt à plus long terme. Il peut ainsi se produire un resserrement, voire  une inversion de la courbe des taux courts et longs, qui rendra les prêts à court terme plus chers que les prêts à long terme, et l’épargne à court terme plus rentable que l’épargne à long terme Situation évidemment préjudiciable à un développement économique durable  qui peut produire une préférence pour des placements à court terme au détriment des investissements à long terme.
 
Après le krach de 1929, la législation sur les Savings and Loan précisa que chaque établissement ne pouvait accorder que des crédits immobiliers à taux fixe sur un territoire donné. On évitait ainsi la concurrence entre chaque caisse.  En revanche, leurs dépôts étaient garantis par les Pouvoirs publics. Ce cadre règlementaire permit aux Savings and Loan de connaître une évolution raisonnable jusqu’au début des années 1970.
La première phase de déstabilisation des Savings and Loan se produisit au début des années 1980. Les Etats-Unis   avaient connu une période prolongée de forte inflation consécutive aux crises pétrolières (1973 et 1979). Pour freiner celle-ci, la FED avait procédé à un relèvement de ses taux d’intérêt. Les taux d’intérêt à court terme du marché monétaire  influencés par le taux de refinancement de la FED s’élevèrent alors. Ils atteignirent 15 % en 1980. En revanche, les taux d’intérêt à long terme du marché financier n’évoluèrent pas. On assista ainsi à une inversion de la courbe des taux entre 1980 et 1981. Mais, malgré le relèvement des taux à court terme, les caisses d’épargne « Savings and Loan »  continuèrent à offrir des prêts hypothécaires à des taux fixes bien plus bas.  80 % de ceux-ci étaient des prêts de très long terme à 30 ans. Le coût de la rémunération des  ressources déposées dans les Savings and Loan devenait plus important que le gain qu’elles retiraient de leur emploi dans la distribution de prêts immobiliers. 

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