Empreinte écologique et biocapacité


L’empreinte écologique est un indicateur environnemental qui traduit la dépendance d’une population à un espace vital en fonction de son mode de vie, c’est-à-dire la quantité des ressources naturelles qu’elle doit utiliser pour le maintenir. Il calcule la surface nécessaire pour produire les ressources consommées et pour absorber les déchets produits : si la surface totale utilisée est supérieure à celle qui peut être fournie, appelée biocapacité (ensemble des surfaces cultivées et des forêts), il y a destruction et les comportements ne sont pas soutenables.

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L’empreinte écologique calcule ce que nous prenons à la nature [1].

La biocapacité calcule ce que peut nous rendre la nature.
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En 2005, l’empreinte écologique moyenne de la population française était de 5,3 hectares par habitant, et de 3,7 hectares aux Etats-Unis, tandis qu’elle n’excède pas 2 hectares pour les populations d’Amérique latine, du Moyen-orient et Asie centrale, d’Asie-Pacifique et d’Afrique. En 1960, l’humanité consommait 0,7 planète de ressources renouvelables par régénération naturelle. Elle en consommait 1,2 planète en 2005. Cinq équivalents planète de ressources naturelles seraient nécessaires si l’humanité adoptait le mode de vie des Américains et 3 si elle adoptait celui des Européens. Il importe donc de réduire dans les modes de production et de consommation futurs l’empreinte écologique de l’humanité et notamment des populations les plus dépendantes.
Le tableau suivant souligne l’évolution de l’empreinte écologique en France de 1961 à 1999. Le déficit total observé résulte de la différence entre la biocapacité totale du territoire français et l’empreinte totale laissée par l’activité économique sur l’année considérée. Il implique en conséquence que des biocapacités extérieures au territoire français sont empruntées au reste du monde excédentaire et dépensées pour maintenir le mode de vie français. Cet emprunt est effectué, par définition, aux régions qui présentent encore des excédents en biocapacité sur leur territoire, pays du sud, en développement ou peu avancés.

2009On constate ici que le déficit total de la France a doublé depuis 1961. En 1961, l’empreinte écologique de la France dépassait de 51 % sa bio capacité. Elle la dépassait de 89 % en 1999. Dans le même temps, l’empreinte écologique par habitant s’est multipliée par 118 %. Plus généralement, on sait que la planète pouvait, avec une population de 6,5 milliards d’individus, recycler 3,2 milliards de tonnes de carbone par an, mais ce chiffre diminue avec la déforestation [2].


  La comptabilité humaine et environnementale

L’existence d’indicateurs alternatifs permet de pondérer la vision trop quantitative et marchande du PIB et des autres grands agrégats économiques, et d’orienter qualitativement la croissance économique. Ils peuvent ainsi permettre aux Institutions internationales et nationales d’utiliser des instruments de taxes, de quotas, d’échanges de droits pour limiter l’usage, préserver et assurer le renouvellement des biens communs, biens publics nationaux et internationaux, comme la biodiversité ou le respect des droits de l’homme. Cependant, faute de reconnaissance universelle, ces indicateurs alternatifs n’ont qu’un pouvoir consultatif et ne fondent pas un nouvel ordre législatif comptable. C’est l’objectif de la comptabilité humaine et environnementale. Avec elle, il ne s’agirait plus de tempérer, voire corriger, ex post, le PIB et les autres agrégats économiques du SECN, mais d’en modifier, ex ante, le calcul. Ces agrégats de quantification reposent, en effet, sur les données issues de la comptabilité générale des entreprises, avec, par exemple, les déclarations annuelles des données sociales (DADS), également obligatoires pour les administrations et les établissements publics. Ce sont donc les normes comptables de ces Sources d’information qu’il conviendrait de modifier pour apprécier et comparer de façon plus exhaustive les grandeurs et les évolutions économiques.
Il existe, certes, plusieurs conceptions de la comptabilité d’entreprise, mais leur standardisation au sein du système normalisé international ne considère et ne valorise toujours que le capital financier. Ces modèles n’incorporent pas dans leurs résultats la valeur des dégradations naturelles et humaines. Ils sont donc incapables de mesurer les pertes en capital naturel et en capital humain [3].


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Une réforme environnementale et humaine de la comptabilité d’entreprise changerait assurément notre rapport à l’économie et à la valeur. Elle réintroduirait le concept de valeur d’usage dans la norme comptable.
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Jean Gadrey notait ainsi que “si les externalités environnementales de la production et de la consommation étaient prises en compte, non pas seulement à leur coût actuel, mais en estimant les risques futurs qu’elles entraînent, qui sont des risques vitaux, le système mondial des transports aériens, maritimes et routiers, s’effondrerait, et il entraînerait dans sa chute bien d’autres secteurs, dont le tourisme mondial et la grande distribution, ainsi que le commerce international des biens [4] ”
On peut également souligner qu’en reprenant les données de l’empreinte écologique, en 1999, la France, ayant dépassé ce droit de tirage de 140 mhg, en aurait été redevable à d’autres Etats moins dépendants. De même, en retenant comme indicateur l’épargne véritable, en 2000, les Etats-Unis auraient été redevables de 2533 milliards de dollars (5163 milliards de dollars – 2630 milliards de dollars) au reste du monde excédentaire.
La comptabilité environnementale se présente ainsi comme un instrument d’évaluation des coûts relatifs à l’environnement, et des dépenses nécessaires pour maintenir le capital des ressources naturelles. Elle permet de compléter la comptabilité générale par la prise en compte des flux physiques et des coûts que les entreprises peuvent occasionner à des tiers dans leur processus écologique. Elle fournit des informations sur l’état et les variations du patrimoine naturel, les dépenses relatives à la prévention des dommages de l’environnement, à sa production et à la réparation des dégâts causés. Préconisée par l’ONU, la Banque mondiale et l’OCDE, elle cherche à corriger les insuffisances de la comptabilité financière en enregistrant les actifs et les passifs environnementaux, au même titre que les autres coûts. C’est également un instrument d’analyse économique et d’information statistique qui permet de créer des budgets publics environnementaux en complément des budgets publics économiques et financiers, de susciter des comptes satellites, et à terme, de modifier le contenu de la croissance économique.

Janpier Dutrieux  2009   

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[1] - L’empreinte écologique calcule les surfaces nécessitées pour la consommation des ressources de l’agriculture, de la syviculture, de la pêche, pour la construction d’habitations (terrains bâtis) et d’infrastructures, et pour recycler les émissions de C02 produites et éliminer les déchets. Cette empreinte est exprimée en hectares.
[2] - Pour équilibrer l’empreinte écologique à la biocapacité, la consommation annuelle en carbone autorisée, c’est-à-dire son droit de tirage annuel, ne devrait pas dépasser 500 kilos par individu : la moitié de la moyenne mondiale, le quart de la moyenne française et le douzième de la moyenne américaine, en 2005.
[3] - Thèse défendue par Jacques Richard, Pour une révolution comptable environnementale, Le Monde, 5 février 2008.
[4] - Jean Gadrey, Environnement et croissance, Alternatives économiques, décembre 2005.