Le développement dans la subsidiarité
Autour de Caritas in veritate (La charité dans la vérité).
Lettre encyclique de Benoit XVI donnée à Rome le 29 juin 2009

Une lettre encyclique est toujours une source de réflexions que peuvent partager et prolonger croyants et non croyants de bonne volonté “pour transformer les coeurs de pierre en coeurs de chair (Ex. 36.26)”.Elle fait également appel à la foi et à la raison.
On sait qu’il n’y a pas d’économie politique chrétienne, mais des “exigences chrétiennes” politiques en économie. On attend donc d’une encyclique sociale une ligne de pensée, un éclairage, une orientation sur des sujets contemporains. Chacun y trouvera des repères pour retrouver le sens et le lien qui fondent les activités économiques et les politiques publiques de préservation, et de répartition des richesses terrestres [1].

Le développement, l’absence d’une synthèse diretrice

Cette encyclique se compose de six chapitres, une introduction et une conclusion. Son idée centrale tourne autour de la notion de développement comme le souligne les intitulés de ses chapitres :
1- Le message de Popularum progressio,
2- Le développement humain aujourd’hui,
3- Fraternité, développement économique et société civile,
4- Développement des peuples, droits et devoirs, environnement,
5- La collaboration de la famille humaine,
6- Le développement des peuples de la technique.Mais tout d’abord, que doit-on entendre par développement ?

C’est le développement authentique de l’homme (qui) concerne unitairement la totalité de la personne dans chacune de ses dimensions (11)”. On retrouve cette définition dans l’encyclique Populorum progressio (Paul VI, 1967). Appréhendé et limité à sa conception économique, ce développement devrait être “en mesure de produire une croissance réelle, qui s’étende à tous et soit concrétement durable” (21). Mais cette approche économique est aujourd’hui obérée et amputée par l’absence d’une “synthèse directrice” . En effet, le mouvement excessif du savoir, la fermeture des sciences humaines à la métaphysique, les difficultés du dialogue entre les sciences et la théologie lui portent préjudice (31)”. Il s’en suit que des dérives matérialistes, commerciales et technicistes peuvent détourner l’humanité de son véritable développement, d’une part, parce que “le développement de la personne s’étiole si elle prétend en être l’unique auteur (68), d’autre part, parce qu’”une société du bien-être, matériellement développée, mais oppressive pour l’âme, n’est pas de soi orientée vers un développement authentique (76).”

Cette synthèse directive est aujourd’hui occultée par “le morcellement excessif du savoir, la fermeture des sciences humaines à la métaphysique, les difficultés du dialogue entre les sciences et la théologie (qui) portent préjudice non seulement au développement du savoir, mais aussi au développement des peuples, car quand cela se vérifie, il devient plus difficle de distinguer le bien intégral de l’homme dans les différentes dimensions qui le caractérisent (31).”
On sait cependant que “la technique s’inscrit dans la mission de cultiver et de garder la terre (cf. Gn 2.15) que Dieu a confiée à l’homme (69).” Il est donc juste “que l’homme puisse exercer une maîtrise responsable sur la nature pour la protéger, la mettre en valeur et la cultiver selon des formes nouvelles et avec des technologies avancées, afin que la terre puissa accueillir dignement et nourrir la population qui l’habite. Il y a de la place pour tous sur la terre (50).”
Le techniciste de tout ordre peut aussi conduire à rendre l’ouvrier esclave de l’outil, par une inversion perverse de son utilité. Il faut donc rappeler que l’outil est fait pour l’homme afin de soutenir son développement, mais l’homme n’est pas fait pour être asservi à l’outil.

Toutefois, l’idéologie techniciste qui asservit l’ouvrier, tout comme son opposé, le déni de la tecnnique qui idolâtre la nature, sont également dangereux. Ils conduisent à des impasses. Par exemple, “considérer la nature comme plus importante que la personne humaine elle-même est contraire au véritable développement. Cette position conduit à des attitudes néo-paiennes ou liées à un nouveau panthéïsme (48)”. Mais l’inverse qui consiste en une “technicisation complète”du milieu naturel lui est également contraire et “finit par être source de violence dans les rapports avec l’environnement (48).”
“Absolutiser idéologiquement le progrès technique ou aspirer à l’utopie d’une humanité revenue à son état premier de nature sont deux manières opposées de séparer le progrès de son évolution morale et donc de notre responsabilité (14).
· La finance devenue chrématistique (ou, comme l’on dit aujourd’hui, un art de créer de la valeur) pervertit l’économie.
“Le développement économique s’avère factice et nuisible, s’il s’en remet aux “prodiges” de la finance pour soutenir une croissance artificielle liée à une consommation excessive (68). ” Il faut rappeler que “la visée exclusive du profit, s’il est produit de façon mauvaise ou s’il n’a pas le bien commun pour but ultime, risque de détruire la richesse et d’engendrer la pauvreté. Le développement économique que Paul VI souhaitait devait être en mesure de produire une croissance réelle qui s’étende à tous et soit concrétement durable (21)” Cependant, s’il avait compris “que la question sociale était devenue mondiale (13”), on constate qu’avec cette récente “explosion de l’interdépendance planétaire, désormais communément appelée mondialisation (33).”, les écarts sociaux n’ont pas diminuaient. Ainsi, ‘la richesse mondiale croît en terme abvsolu, mais les inégalités augmentent (21).”
La croissance de ces dernières décennies n’est pas universelle. Elle n’est pas partagée par tous, ni durable. Elle s’inscrit dans une logique de court terme au détriment d’investissements publics et privés de protection et d’aménagement patrimonial, notamment de nos environnements et infrastructures collectives qui nécessitent le long terme. Ainsi, “ces dernières années, on a vu la croissance d’une classe cosmopolite de managers qui, souvent, ne répondent qu’aux indications des actionnaires de référence, constituées en général par des fonds anonymes qui fixent de fait leurs rémunérations (39).”
Le danger de la création de valeur à court terme est ici clairement dénoncé : “Il faut éviter que le motif de l’emploi des ressources financières soit spéculatif et cède à la tentation de rechercher seulement un profit à court terme, sans rechercher aussi la continuité de l’entreprise à long terme... (29).” Rappelons que cette tentation de court terme est entretenue par la libéralisation des capitaux qui autorise la mobilité des capitaux, l’instabilité des taux de changes, la prépondérance des marchés financiers et l’acceptation des normes comptables qui privilégie la valeur actuarielle (c’est—à-dire incorporant des plus values potentielles qui ne sont pas encore réalisées) à la valeur historique.
Il convient par ailleurs que “les initiatives financières où la dimension humanitaire est dominante”, soient certes poursuivies, mais ne soient pas le prétexte à empêcher “le système financier tout entier de s’orienter vers un soutien du développement véritable”. (...) En ce sens, “les opérateurs financiers doivent rédécouvrir le fondement véritablement éthique de leur activité afin de ne pas faire un usage abusif de ces instruments sophistiqués qui peuvent servir à tromper les épargnants” Sont ici encouragées les expériences de crédit coopératif, de microfinance, mais l’encyclique conseille également de concevoir “ d’autres voies, comme par exemple des formes de coopération à l’achat, telles que les coopératives de consommation (66)”.

 Le danger d’asservissement médiatique

La diffusion croissante des moyens de communication sociale est également influencée par le développement technologique, “ pour le bien et pour le mal.” Mais “ cette nature strictement technique des médias” tend “à favoriser leur subordination au calcul économique, dans le but de dominer les marchés, (...) d’imposer des paramètres culturels de fonctionnement à des fins idéologiques et politiques” (73).
Les échanges culturels sont aussi devenus des marchandises, ce qui favorise un double danger : On note, en premier lieu, “un éclectisme culturel assumé souvent de façon non critique : les cultures sont souvent mises côte à côte et considérées comme substantiellement équivalentes et interchangeables entre elles. Cela favorise un glissement vers un relativisme qui n’encourage pas le vrai dialogue interculturel (26)”.
Il faut également souligner que les techniques d’aujourd’hui permettent d’élargir le spectre des connaissances culturelles mais n’en délivrent pas le sens et les signications spirituelles et sociales. Amputées de leurs valeurs originelles “la signification profonde de la culture des différentes nations, des traditions des divers peuples, à l’intérieur desquelles la personne affronte les questions fondamentales de l’existence, en vient à disparaître (26)”.“Quand cela advient, l’humanité court de nouveaux périls d’asservissement et de manipulation (26)”. Les peuples sans mémoire sont des peuples sans avenir.
Considérer que le perfectionnement technologique est une fin en soi dont l’aboutissement marquera la fin de l’aventure humaine est une dérive intellectuelle fréquente [2], notamment, quand l’homme, en s’interrogeant uniquement sur le comment, omet de considérer tous les pourquoi qui le poussent à agir (70).” Il convient donc de dénoncer “l’absolutisme de la technique (qui) tend à provoquer une incapacité à percevoir ce qui ne s’explique pas par la matière (77).” Il faut retrouver le sens de nos activités et le lien qui nous unit dans la proximité, mais aussi dans le temps et l’espace.

Retrouver le sens de l’activité économique : la justice distributive

La confusion “entre le vrai et le faisable (70)” produit par l’idéologie techniciste peut également expliquer les évolutions sociales et économiques contemporaines, dont les phénomènes récents de mondialisation et de financiérisation sont des exemples.
Auparavant, l’activité de production s’inscrivait principalement à l’intérieur des frontières nationales et les investissements financiers avaient une dimension plutôt limitée à l’étranger, si bien que la politique de nombreux Etats pouvait encore fixer les priorités de l’économie et, d’une certaine façon, en orienter le fonctionnement avec les instruments dont elle disposait (24).” Mais, avec la mondialisation et les interactions des marchés et des économies, le pouvoir de régulation et de coordination des Etats s’est estompé. Or, pour subsister - et c’était délà le principe énoncé dans l’encyclique Retum novarum (Léon XIII, 1891) au lendemain de la révolution industrielle - “l’ordre civil (a aussi) besoin de l’intervention redistributive de l’Etat (39)”. Cette politique est aujourd’hui souvent abandonnée pour répondre aux exigences qu’impose l’idéologie techniciste du marché mondial, notamment avec la concurrence et la recherche des plus bas coûts de production. Ainsi, “le marché a encouragé des formes nouvelles de compétition entre les Etats dans le but d’attirer les centres de production des entreprises étrangères, à travers divers moyens, au nombre desquels une fiscalité avantageuse et la dérégulation du monde du travail. Ces processus ont entraîné l’affaiblissement des réseaux de protection sociale... (25).”Dans les pays émergents et même développés, “les politiques d’équilibre budgétaire, avec des coupes dans les dépenses sociales souvent recommandées par les Institutions financières internationales, peuvent laisser les citoyens désarmés face aux risques nouveaux et anciens (25).

Il faut également noter que depuis l’encyclique “Popularum progressio” voici plus de 40 ans, certains obstacles économiques au développement qui y étaient soulignés, persistent. Le pape observe que “des pays économiquement développés (...) empêchent encore aujourd’hui les produits provenant des pays pauvres d’entrer sur leurs marchés (33)”. Mais en parallèle, il note “l’abaissement du niveau de protection des droits des travailleurs et l’abandon des mécanismes de redistribution des revenus pour donner au pays une plus grande compétitivité internationale (qui) génent la constitution d’un développement à long terme (32). Il souligne également l’apparition de ”nouvelles formes de colonialisme et de dépendance à l’égard d’anciens comme de nouveaux pays dominants, (et en) raison de graves irresponsabilités internes aux pays devenus indépendants (33).”

Ces dérives protectionnistes et néocolonialismes résultent de l’application unique de la justice commutative (du contrat de gré à gré) qu’impose la loi du marché.

Loi devenue internationale et qu’aucune justice distributive ne vient plus rééquilibrer. “Mais la doctrine sociale de l’Eglise n’a jamais cessé de mettre en évidence l’importance de la justice distributive et de la justice sociale pour l’économie de marché. (..) Sans formes internes de solidarité et de confiance réciproque, le marché ne peut pleinement remplir sa fonction économique (35). On s’aperçoit ainsi que l’économie mondialisée montre, directement ou indrectement, “qu’elle a aussi besoin des deux autres, de la logique politique et de la logique du don sans contrepartie (37)”.

Retrouver le lien entre les activités

Pourtant, “la mondialisation, a priori, n’est ni bonne ni mauvaise. Elle (ne pourra être que) ce que les personnes en feront (42).” En effet, “le dépassement des frontières n’est pas seulement un fait matériel, mais il est aussi culturel dans ses causes et dans ses effets. Si on regarde la mondialisation de façon déterministe, les critères pour l’évaluer et l’orienter se perdent (42).” En quoi la mondialisation peut-elle améliorer ou étouffer le développement humain ? C‘est-à-cette question qu’il convient de répondre. Il faut donc constater, tout d’abord, que “ le marché devenu mondial a stimulé avant tout, de la part des pays riches, la recherche de lieux où délocaliser les productions à bas coût dans le but de réduire les prix d’un grand nombre de biens, d’accroître le pouvoir d’achat et d’accélerer le taux de croissance fondé sur une consommation accrue du marché interne (25)”.
Autrement dit, on s’aperçoit que la logique de la mondialisation et la logique du marché dont elle est résulte, ne sont que des instruments, qui, à ce titre, peuvent servir ou deservir le bien commun et l’humanité. C’est toujours “la raison obscurcie de l’homme qui produit ces conséquences, non l’instrument lui-même (36).” Ces instruements peuvent ainsi être “soumis à l’idéologie techniciste qui quelquefois oublie “que le marché n’existe pas à l’état pur (36)”.
Financiérisation et mondialisation s’alimentent l’un l’autre pour créer un pouvoir asphyxiant qui étouffe une grande partie de l’humanité, à commencer par les plus fragiles. Ainsi, l’entreprise est devenue exclusivement soumise à celui qui investit. Sa valeur sociale peut être amoindrie.
En outre, la fameuse délocalisation de l’activité productive peut atténuer chez l’entrepreneur le sens de ses responsabilités vis-à-vis des porteurs d’intérêts, tels que les travailleurs, les fournisseurs, les consommateurs, l’environnement naturel et, plus largement, la société environnante, au profit des actionnaires, qui ne sont pas liés à un lieu spécifique et qui jouissent donc d’une extraordinaire mobilité (40).” La mondialisation et le marché ont ainsi été utilisés au profit de quelques uns et au détriment de tous les autres.

Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Déja Pie XI écrivait dans l’encyclique Quadragesimo anno (1931) : « Ce qui à notre époque frappe tout d’abord le regard, ce n’est pas seulement la concentration des richesses, mais encore l’accumulation d’une énorme puissance, d’un pouvoir économique discrétionnaire, aux mains d’un petit nombre d’hommes, qui d’ordinaire ne sont pas les propriétaires mais les simples dépositaires et garants du capital qu’ils administrent à leur gré. Ce pouvoir est surtout considérable chez ceux qui, détenteurs et maîtres absolus de l’argent, gouvernent le crédit et le dispensent selon leur bon plaisir. Par là, ils distribuent le sang à l’organisme économique dont ils tiennent la vie entre leurs mains, si bien que, sans leur consentement, nul ne peut plus respirer. »
Aujourd’hui, par exemple, “l’accaparement des ressources naturelles qui, dans de nombreux cas, se trouvent précisément dans les pays pauvres, engendre l’exploitation et de fréquents conflits entre nations ou à l’intérieur de celles-ci (49).” C’est pourquoi “une redistribution planétaire des ressources énergétiques est également nécessaire afin que les pays qui n’en ont pas, puissent y accéder. Leur destin ne peut être abandonné aux mains du premier venu ou à la logique du plus fort (49).
Il est donc plus que jamais nécessaire “que se forme une conscience solidaire qui considère l’alimentation et l’accès à l’eau comme droits universels de tous les êtres humains, sans distinction ni discrimination (27)”. On sait que les guerres de demain se focaliseront sur ces réserves !
“La solidarité signifie avant tout se sentir tous responsable de tous, elle ne peut donc être déléguée seulement à l’Etat. Si hier, on pouvait penser qu’il fallait d’abord rechercher la justice et que la gratuité devait intervenir ensuite comme un complément, aujourd’hui, il faut dire que la gratuité ne parvient même pas à réaliser la justice. Il faut, par conséquent, un marché sur lequel des entreprises qui poursuivent des buts institutionnelsdifférents puissent agir librement dans des conditions équitables. A côté de l’entreprise privée tournée vers le profit et des divers types d’entreprises publiques, il est opportun que les organisations productrices qui poursuivent les buts mutualistes et sociaux puissent s’imposer et se développer (38).”
On sait ainsi que “la mise à l’écart du travail pendant une longue période, tout comme la dépendance prolongée vis-à-vis de l’asistance publique ou privée, ruinent la liberté (...) et les rapports familiaux et sociaux ...(25.)”
Sur un autre plan, il faut parler du phénomène impressionnant des migrations ‘en raison de son volume, et des problématiques sociale, économique, politique, culturelle et religieuse qu’il soulève ». Il requiert une coopération internationale et doit « s »accompagner de normes internationales adéquates (…) dans le but de sauvegarder les exigences et les droits des personnes et familles émigrées, et, en même temps, ceux des sociétés où arrivent ces mêmes émigrés (62) ».
Il importe également “que les choix économiques ne fassent pas augmenter de façon excessive et moralement inacceptable les écarts de richesse et que l’on continue à se donner comme objectif prioritaire l’accès au travail ou son maintien, pour tous (32).” On pourrait également concevoir que “sur le marché, soient ouverts des espaces aux activités économiques réalisées par des sujets qui choisissent librement de conformer leur propre agir à des principes différents de ceux du seul profit, sans pour cela renoncer à produire de la valeur économique (37).”
Par ailleurs, on sait que “la façon dont l’homme traite l’environnement influence les modalités avec lesquelles il se traite lui-même et réciproquement ”. Il est donc souhaitable que la société actuelle reconsidère son style de vie qui (...) est porté à l’hédonisme et au consumérisme.” Autrement dit, prospérer et retrouver le sens du partage.

Construire un ordre fédéral

Puis, après avoir dressé un constat de la mondialisation dans laquelle le marché ne connait pas de régulation, Benoit XVI propose une réflexion sur la création d’institutions organisées selon un modèle fédéral. Cette idée, notamment en France, où le principe fédéral, c’est-à-dire l’application de la subsidiarité à l’intérieur comme à l’extérieur des cadres nationaux, est peu connu, dooit être expliquée.
Devant la dégradation des environnements sociaux, économiques et écologiques, le Pape considère qu’il devient urgent de mettre “en place une véritable Autorité politique mondiale », déjà esquissée par Jean XXIII. Cette autorité devrait « se conformer de manière cohérente aux principes de subsidiarité et de solidarité, être ordonnée à la réalisation du bien commun (67) »La mondialisation doit en effet affronter le redoutable écueil d’une autorité centrale et étouffante. En effet, “pour ne pas engendrer un dangereux pouvoir universel de type monocratique, la “gouvernance” de la mondialisation doit être de nature subsidiaire, articulée à de multiples niveaux et sur divers plans qui collaborent entre eux (57).”
C’est pourquoi, bien qu’elle“réclame sans doute une autorité, puisque est en jeu le problème du bien commun qu’il faut poursuivre ensemble ; (celle-ci) devra être exercée de manière subsidiaire et polyarchique pour d’une part, ne pas porter atteinte à la liberté, et d’autre part, être concrète et efficace (57).”
Cette encyclique offre alors une version actualisée de la subsidiarité dont on attribue la première définition catholique à Léon XIII (Rerum Novarum (1891) :
“La subsidiarité est avant tout une aide à la personne, à travers l’autonomie des corps intermédiaires. Cette aide est proposée lorsque la personne et les acteurs sociaux ne réussissent pas à faire par eux-mêmes ce qui leur incombe et elle implique toujours que l’on ait une visée émancipatrice qui favorise la liberté et la participation en tant que responsabilisation (...) En reconnaissant que la réciprocité fonde la constitution intime de l’être humain, la subsidiarité est l’antitode le plus efficace contre toute forme d’assistance paternaliste (51)”.

Par ailleurs, “le principe de subsidiarité doit être étroitement relié au principe de solidarité et vice versa (58) ” afin que le premier ne tombe pas dans le particularisme et le second dans l’asistanant. En ce domaine, le chemin à parcourir est long. Les Etats plus développés devraient “destiner aux aides au développement un pourcentage plus important de leur produit intérieur brut”, respecter les engagements pris en ce domaine. Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui ! Ils pourraient également reviser leurs systèmes d’assistance et de solidarité sociale, y introduire davantage de subsidiarité et mieux les intégrer, afin de favoriser une participation active de la société civile. Ils pourraient ainsi épargner des ressources “en éliminant le gaspillage et les indemnités abusives” et les consacrer à la solidarité internationale (60).”Mais “tout cela doit être réalisé en impliquant les communautés locales dans le choix et les décisions relatives à l’usage des terres cultivables (27)”
On pourrait également accroître l’aide au développement en appliquant “ce que l’on appelle la subsidiarité fiscale qui permettrait aux citoyens de décider de la destination d’une part de leurs impôts versés à l’Etat (60)”. Certes, mais il conviendrait de changer, en France, les règles du droit budgétaire qui imposent quelques principes (unité, universalité, spécialité et sincérité), dont l’un (universalité) interdit l’affectation d’une recette à une dépense déterminée. Il conviendrait dès lors d’ouvrir des agences ou caisses spécifiques, et indépendantes, ou d’adopter un système de mutualité commerciale, ce que nous préconisons par ailleurs.
On soulignera, pour conclure, la nécéssité, dans le cadre des évolutions actuelles, de “ travailler sans cesse afin de favoriser une orientation culturelle personnaliste et communautaire, ouverte à la transcendance du processus d’intégration plnétaire (42).”


Janpier Dutrieux, 2009
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[1] - Nous avons fait suivre chaque passage cité de cette encyclique du numéro de paragraphe dont il est extrait.
[2] - cf. Gustave Thibon, Vous serez comme des dieux, (1959, Fayard 2003)