Le grand krach de 1929

Dans un circuit ouvert aux flux et reflux externes de capitaux, quand au début d’octobre 1929, la Banque d’Angleterre releva à son tour son taux d’escompte, une grande partie des capitaux nomades placés sur le marché boursier américain affluèrent alors vers la cité londonienne. Les agents de change et les courtiers en Bourse s’aperçurent alors que leurs clients n’offraient pas de sécurité suffisante et réclamèrent des liquidités pour se couvrir. Ils n’en reçurent pas mais reçurent des ordres de vente. 
Et ils vendirent. Ils vendirent du jeudi 24 octobre jusqu’à la mi-novembre. Des rumeurs circulaient. L’indice des cours de la Bourse des valeurs de Wall Street passa de 469 à 260, ce qui équivalait à l’époque à une perte de 30 milliards de dollars pour les épargnants et les spéculateurs. Ce changement de tendance provoqua la vente de 13 millions de titres le 24 octobre 1929, et de 16,5 millions le 29 octobre. La chute allait continuer, en cascades, pendant plusieurs années. Les spéculateurs vendaient également les titres qu’ils avaient en portefeuille, amplifiant le mouvement de baisse et provoquant des réactions en chaîne.

Parmi les nombreuses explications d’alors, je rappellerai deux thèses, l’une de Keynes, l’autre des libertariens (ou ultra libéraux) :
- J.M. Keynes notait que les Américains attachaient “un intérêt excessif à découvrir ce que l’opinion moyenne croit être l’opinion moyenne, et ce travers national trouvera sa sanction à la Bourse des valeurs.” Selon lui, si l’Américain plaçait de l’argent, ce n’était pas tant pour le rendement que le placement pouvait rapporter que pour la plus-value qu’il pouvait drainer. Il remarqua également que de lourdes taxes d’Etat sur les transactions existaient à la Bourse des valeurs de Londres, qui n’existaient pas à New-York. 
- Par ailleurs, la thèse des ultra libéraux, ou libertariens, dénonçait l’expansion  du crédit bancaire qui, en augmentant la masse monétaire, avait permis l’afflux de capitaux sur les marchés et donnait l’impression que l’épargne avait augmenté et autorisait l’investissement. Cette expansion du crédit avait pour cause la convergence générale des erreurs de prévisions des entrepreneurs. Elle illustrait ainsi l’une des phases de la théorie des cycles économiques fondée sur l’alternance des phases d’expansion et de récession.
 
Pourtant, à l’inverse des crises du XIXe siècle qui se produisaient parce que les entreprises n’obtenaient pas les résultats que les investisseurs escomptaient, le krach de 1929 ne fut pas l’ultime conséquence du marasme économique mais la cause de la récession mondiale qui s’en suivit. L’économiste John Kenneth Galbraith reprocha plus tard à la FED d’être intervenue trop tard et trop faiblement pour endiguer la spéculation, mais personne ne s’attendait alors à une aussi longue chute des cours[1]. D’autres économistes et financiers stigmatisèrent l’importance numérique des participants. Mais sur 40 millions de chefs de famille, les Etats-Unis ne comprenaient que 1,5 millions de boursicoteurs dont 0,6 million à crédit. Un autre élément d’accusation fut le relèvement du taux d’escompte de la Banque d’Angleterre. D’autres encore accusèrent l’une des premières faillites, celle de Clarence Hatry, l’inventeur des Photomaton, d’être responsable de cette chute.


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 Mécanisme de la crise de 1929
- Des capitaux européens viennent se placer aux Etats-Unis et alimentent la bulle spéculative.
- 80 % des titres sont achetés avec 10 % au comptant et 90 % par des crédits couverts pas d’autres titres. La pertinence du système repose sur la différence entre le taux d’intérêt des emprunts bancaires et les gains boursiers (appréciation des titres).
- La Banque d’Angleterre relève ses taux (octobre 1929). Des capitaux quittent New-York. Le cours des actions  stagne d’abord puis le mouvement s’inverse. Le remboursement des intérêts devient supérieur aux gains boursiers (dépréciation des titres). On vend à la baisse. Les ventes augmentent. Panique. Vente. Krach. Grande dépression.
Causes : - mobilité des capitaux attirés par une rentabilité virtuelle optimale,
              -  vente des titres sur des crédits ex nihilo.
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Il faut également souligner qu’indépendamment des entrées et des sorties des capitaux, le marché des valeurs mobilières possède un cycle qui lui est propre et dans lequel la baisse suit inévitablement la hausse. 
En effet, quand la valeur en Bourse d’un titre monte, son dividende, même s’il augmente un peu en valeur, en fonction des profits réels des activités productives et commerciales, ne peut suivre une progression identique. Il en résulte que son taux de rendement (c’est-à-dire le rapport du dividende à son prix d’achat) diminue. Au bout d’un certain temps de hausse, le titre en question n’est plus un placement avantageux ; ceux qui cherchent un rendement dans leurs investissements, une rente, et non pas un gain en capital, ce qui nécessite une vente, cessent d’acheter et se mettent à vendre.

JD
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[1]  - J. K. Galbraith,  La crise économique de 1929, Payot 1961.


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