L'économie casino

Arthur Rotnik a illustré dans un article percutant les dérives du système de garantie des dépôts bancaires. L'histoire est connue mais chacun semble s'en satisfaire.


C’est l’histoire d’une personne qui dispose d’un capital de 200.000 dollars. 
Elle ouvre une banque avec 100.000 dollars et s’inscrit au système de garantie des dépôts. (Ce système offre aux banques l’assurance de recevoir l’aide d’un  prêteur en dernier ressort, souvent la Banque centrale, en cas de problème de liquidité).
Sa banque reçoit 900.000 dollars en dépôts en offrant un taux d’intérêt supérieur à ses concurrentes.
Les ressources de cette banque s’élèvent donc à 1.000.000 dollars (dont 100.000 dollars de fonds propres et 900.000 dollars de dépôts).

Pour rentabiliser ces ressources, notre banquier se rend dans un casino et mise la totalité des ressources de la banque sur le noir, soit 1.000.000 dollars.
Puis il place par ailleurs les 100.000 dollars dont il dispose toujours sur le rouge.
L’investissement est risqué pour la banque, mais ne l’est pas pour notre banquier actionnaire.
Si le rouge sort, la banque est en faillite et n’a plus de fonds propres.  Mais avec sa mise personnelle de 100.000 dollars sur le rouge, il empoche 200.000 dollars. Il n’a plus qu’à recommencer son opération de départ.
En revanche, si le noir sort, il a perdu 100.000 dollars, mais l’augmentation des fonds propres de sa banque qui atteignent à présent 1.100.000 dollars (2.000.000 dollars moins 900.000 dollars de dépôts) compense très largement cette perte.

Enfin les déposants ne se soucient pas des activités de la banque puisque leurs dépôts sont rémunérés à un taux supérieur à celui des concurrentes, et qu’ils bénéficient d’un système de garantie des dépôts en cas de crise. »
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Selon Arthur Rotnik, Market discipline as a regulator of bank risk, Federal reserve
bank of Boston, 1993.