Pourquoi aurons-nous besoin de dividendes nationaux 
et comment le crédit social les financera 
Annexe 3 : Le logement, un bien collectif


La politique du logement pourrait être l’un des premiers piliers de l’investissement national autour du logement social, du secteur aidé du logement et de la rénovation du logement
Le logement est assurément l’une des priorités d’une politique d’investissement en biens d’intérêt collectif, comme instrument de lutte contre la pauvreté et de développement durable, social et environnemental, mais également d’aménagement du territoire. La politique du logement doit concerner la construction de nouveaux habitats (ainsi que la réhabilitation et la rénovation énergétique).
On estimait en 2010 que la France a un déficit permanent d’environ 900.000 logements depuis les années 1980. Selon le rapport de la Fondation Abbé Pierre d’alors, le mal-logement touche plus de trois millions de personnes. La Fondation estimait le nombre de personnes non ou très mal logées, vivant dans des conditions de logement précaire ou insalubre, à 3,6 millions (dont 133.000 personnes sans domicile fixe) et à plus de 5 millions le nombre de personnes qui vivaient en situation de réelle fragilité dans leur logement (situations qui résultaient de raisons variables : loyers impayés, défaut d’entretien de la copropriété…). Ces déficits expliquent en partie la hausse du prix de l’immobilier et des loyers consécutive au déséquilibre de l’offre et de la demande.
 
Mais d’autres raisons doivent être évoquées. La hausse du prix de ces biens immobiliers et fonciers fut, certes, alimentée par l’importance de la concentration démographique dans les grands centres urbains, par la dislocation des familles, mais aussi par les surenchères et spéculations financées par recours à des crédits bancaires ex nihilo, ainsi que par le désengagement de l’Etat en matière de construction d’habitats sociaux, de rénovation et d’aides à la construction. En 15 ans, de 1990 à 2005, les prix du logement ont ainsi augmenté de 134 %, les loyers de 37 % pour une inflation de 27 %.
 
On constate que le seul recours au marché durant ces 50 dernières années n’a jamais permis de résorber le déficit de logement qui, en revanche, tend à s’aggraver.
Si nous retenons le coût d’un logement neuf qui évoluait en 2008 autour de 150.000 euros, la construction de 100.000 logements reviendrait à 15 milliards que nous portons à 20 milliards par actualisation du coût et dotation de normes écologiques.
 
Il faut rappeler que la légitimité de l’intervention de l’Etat fut contestée à partir des années 1960 pour restaurer les mécanismes du marché.
Depuis la Seconde Guerre mondiale jusque dans les années 1970, c’est l’Etat qui finançait la construction des logements, principalement grâce aux prêts et avances que lui consentait la Banque de France. (On sait que ceux-ci furent dénoncés par la loi 3 janvier 1973 réduisant de façon draconienne les revenus de la Banque de France à l’Etat.)  On remplaça d’abord le financement public du logement par un financement bancaire avec l’émergence de nouveaux produits d’accession à la propriété. Puis, à partir de 1972, la construction de logements recula. Une nouvelle philosophie s’imposa peu après : Le marché doit répondre aux besoins et l’Etat aider marginalement les personnes à bas revenus. Alors, progressivement, l’inflation des actifs immobiliers et des loyers s’installa. Ainsi,  « en cinquante ans, alors que les prix à la consommation ont été multipliés par 10, les prix des loyers ont été multipliés par 18 et ceux des charges par 26.»
 
La spéculation sur les actifs immobiliers et fonciers, encouragée par l’apport du crédit bancaire, favorisa sans doute la hausse des prix immobiliers à l’achat ou à la location. Ces hausses accentuèrent fortement le poids du budget logement dans le budget des ménages. Elles pénalisent beaucoup plus les catégories les plus modestes de la population que les hauts revenus par la charge imposée par les dépenses contraintes liées au logement comme le loyer, les charges, les abonnements (électricité, gaz, eau), les assurances.
Pour comparaison on peut lire dans le tableau suivant l’évolution des dépenses contraintes dans le budget des ménages.


On constate ici que les dépenses contraintes liées au logement couvraient, en 1979, environ 1/4 du budget des ménages les plus pauvres, mais presque 1/2  en 2005. Elles passèrent de 1/5 du budget des ménages les plus aisés à 1/4 durant la même période.