Pourquoi aurons-nous besoin de dividendes nationaux
et comment le crédit social les financera

La régénération monétaire

Comme d’autres avant lui (Fisher, Allais) Paul H. Dembinski a souligné le lien existant entre le décalage temporel sur lequel reposent les émissions monétaires et l’insécurité économique.
 
 
Décalage temporel et insécurité économique
 
Il rappela que le métier de banquier consiste à jouer avec les échéances des contrats individuels de façon à être en mesure de prêter plus de moyens de paiement au public qu’il ne détient d’espèces.
« La variété des temps de contrat de crédit et de dépôt permet à la banque de composer les deux côtés de son bilan de manière à ce que, bloc par bloc, les échéances des créances et des engagements concordent. Ainsi, la banque assure sa liquidité et sa solvabilité en jouant sur son portefeuille d’échéance.»
Mais cette disparité des termes du contrat comporte un risque social quand les échanges de créances et des engagements ne coïncident plus, quand l’un des acteurs est défaillant. Il peut entraîner la défaillance d’autres acteurs, quand le débiteur ne rembourse pas sa créance, le banquier ne peut assurer les retraits des dépôts à vue. «  La pyramide soigneusement construite des crédits et des dépôts menace alors de s’écrouler et d’entraîner dans sa chute l’ensemble de la toile des relations financières. »
 
Une période jubilaire
 
Ce risque va entraîner la réduction de la distribution de nouveaux contrats et ralentir l’activité, déstabiliser et précariser les agents économiques. Dembinski propose alors de limiter la durée d’existence des dettes et des créances à l’intérieur d’une période définie : la période jubilaire. Elle permettrait à l’emprunteur d’échapper à l’aliénation continuelle que constitue la renégociation des termes du contrat. En revanche, elle obligerait le créancier à se garantir sur les capacités à rembourser de l’emprunteur. Cette limitation de la durée d’existence des créances, à l’intérieur de l’espace jubilaire, permettrait de surcroît d’influencer progressivement les autres relations contractuelles commerciales, privées et publiques, de développer de nouveaux comportements des marchés et d’orienter les anticipations des acteurs économiques. Elle permettrait de régénérer la masse monétaire.
 
Cette régénération monétaire serait possible grâce à la distribution de  dividendes  nationaux à tous les citoyens. Ils amèneraient un nouveau pouvoir d’achat qui n’a pas vocation à être accaparé et retenu par quelques-uns. Cette régénération permettrait de créer un cycle économique maitrisé qui rompt et neutralise les autres cycles économiques.
 
 
Annuler la monnaie sur la consommation
 
On sait cependant que l’émission de nouvelles générations de crédit dépend de l’extinction des anciennes. C’est ainsi que notre actuel système monétaire fonctionne.  La politique monétaire de nos Banques centrales ne consiste qu’à réduire ou accroitre le volume des émissions de monnaie. Mais elle ne sait pas régénérer la monnaie. Elle dispose de tout un arsenal d’instruments de régulation monétaire qui lui permet de réduire ou d’accroître les émissions de crédit bancaire. Mais elle ne possède aucun outil susceptible de réduire ou de supprimer les volumes de la monnaie déjà émis puisque ceux-ci dépendent des durées de prêts bancaires précédemment distribués par une multitude de banques commerciales.
Les Banques centrales peuvent ainsi réguler la quantité de monnaie, mais elles ne peuvent pas en changer la qualité, sa vélocité et son utilisation. L’activité économique est donc obligée de s’aligner sur le rythme d’annulation des anciennes générations monétaires, au gré de la demande des emprunteurs.
 
Cette incapacité de la politique monétaire à régénérer la masse monétaire a été à juste titre critiquée par Jacques Riboud. Il constatait que « les nouvelles générations de monnaie sont introduites par le crédit. Or, le crédit distribué par les banques n’est pas distribué en fonction de critères de productivité, de dynamisme, d’esprit d’entreprise, d’intérêt général, etc. Les banques  (et cela on ne peut leur reprocher) se basent sur des critères tout différents : rendement des fonds prêtés, « sortie » de l’opération, et surtout « sureté », c’est-à-dire garantie de récupérer les fonds avancés à l’échéance (qu’elles souhaitent aussi rapprochée que possible). »
Ainsi, la distribution de prêts bancaires est souvent procyclique, mais rarement contracyclique. On prête moins quand de nombreux autres prêts déjà distribués ne sont pas encore arrivés à échéance.
 
Riboud continue : « La réduction du crédit arrive peut-être à supprimer quelques « canards boiteux », elle en supprime beaucoup d’autres qui ne boîtent pas, mais qui sont seulement un peu essoufflés ». La théorie monétariste de contrôle de la distribution du crédit ne remplit pas sa fonction. « Pourquoi ? Parce que le resserrement de l’alimentation monétaire s’exerce en amont au niveau du crédit, au lieu de s’exercer en aval, directement sur la consommation. » Un monétarisme expansé ne peut donc se concevoir qu’en exerçant sur la consommation ce pouvoir d’annulation des générations de crédit précédemment émises.
On voit ici que l’annulation périodique d’un volume de monnaie après qu’il a irrigué l’activité économique, interdirait la spéculation vers des circuits financiers, sa thésaurisation et sa rétention par quelques groupes d’individus. Elle interdit, en fin de compte, sa concentration capitalistique préjudiciable à la dispersion universelle des moyens de paiement.
 
L’épongement de la monnaie
 
C’est pourquoi je propose que les dividendes nationaux distribués à la population soient annulés au terme d’une période déterminée (par exemple une semaine ou un mois) par une contribution sociale sur la valeur ajoutée (CSVA). Celle-ci pourra s’interpréter comme un impôt d’épongement monétaire. Elle articulera la circulation  monétaire.
Elle ne sera pas dédiée au financement d’un budget.  Elle aura pour seul objectif de régénérer la masse monétaire en circulation. C’est-à-dire de la renouveler, en l’augmentant si besoin est, avant de la réinjecter auprès de tous. Il s’agira là de ne pas réduire les nouvelles générations d’émission monétaire, mais d’annuler les anciennes. Comme le jubilé.