Pourquoi aurons-nous besoin de dividendes nationaux
et comment le crédit social les financera

Annexe 2 : La distribution de la propriété collective à tous

L’un des biens collectifs que pourrait financer le crédit social, à côté des dividendes nationaux, pourrait être le droit de tous à la propriété.
 
On doit se souvenir qu’avant l’ère capitaliste et le salariat, l’artisan était propriétaire de son échoppe. Puis petit à petit, l’artisan n’eut plus qu’un seul client qui lui donna l’assurance d’un revenu stable. Ce client l’invita à travailler dans sa manufacture. L’artisan devint salarié. Il eut un salaire. Il perdit la propriété de son échoppe comme le paysan sa terre.
Le salarié devint l’obligé du capitaliste. Le travail se plia devant le capital.
 
Pour libérer le salarié, il faudrait qu’il redevienne propriétaire.  Pour développer l’idée d’un droit des travailleurs à la propriété collective, Louis Salleron avait soutenu plusieurs modèles qui permettraient aux travailleurs de redevenir copropriétaires de leur entreprise.
Nous savons évidemment que les entreprises ont changé aujourd’hui, mais la logique du partage et de la participation au gain produit par la productivité est toujours actuelle. C’est donc la contrepartie du gain produit par cet apport de productivité qu’il convient de partager avec chaque acteur du processus de production. « Un premier moyen apparaît dans l’attribution qui pourrait lui être faite de parts de propriété au moment des constitutions de réserves et des augmentations de capital. »
 
Salleron considérait  d’une part les actionnaires et les premiers propriétaires de l’entreprise, et de l’autre les personnels qui y travaillent. A la naissance de l’entreprise, ce sont les actionnaires qui possèdent la totalité de la propriété de l’entreprise. Mais il conviendrait que cette propriété soit progressivement transférée aux personnels au fur et à mesure que l’entreprise se développera et fera des bénéfices. Ainsi estimait Salleron, la propriété capitaliste s’ouvrira continuellement à ceux qui y travaillent par le rachat des actions ou des parts sociales de l’entreprise.
 
L’idée d’une association du travail et du capital n’est certes pas nouvelle. Pie XI la soutenait sous cette forme : « Il faut donc tout mettre en oeuvre afin que la part des biens qui s’accumule aux mains des capitalistes soit réduite à une plus équitable mesure et qu’il s’en répande une suffisante abondance parmi les ouvriers (...) pour qu’ils accroissent par l’épargne un patrimoine qui, sagement administré, les mettra à même de faire face plus aisément et plus sûrement à leurs charges de famille (Quadragesimo anno 1931).
 
Le général de Gaulle souligna en 1947 « l’association digne et féconde de ceux qui mettraient en commun à l’intérieur d’une même entreprise, soit leur travail, soir leur technique, soit leurs biens, et qui devraient s’en partager, à visage découvert et en honnêtes actionnaires, les besoins et les risques. » Une technique de ce partage fut présentée par Marcel Loichot. Son modèle assurait aux propriétaires et actionnaires primitifs une rémunération de 5 % de leur capital et distribuait le surplus par moitié entre eux, et pour l’autre part, aux salariés en proportion de leurs salaires. Ces droits de propriété étaient incessibles pendant dix ans. Chaque année, de nouveaux salariés seraient ainsi devenus actionnaires de leur entreprise et auraient bénéficié du même traitement que les actionnaires primitifs. Au bout de vingt ans, selon son calcul, ils auraient possédé 50 % du capital social de l’entreprise dont la valeur aurait quadruplé.
 
Après la loi de 1967 sur la participation des salariés aux fruits de l'expansion des entreprises, une réserve spéciale de participation fut instaurée dans de nombreuses entreprises. Mais ses dispositions sont bien éloignées de l’ambition d’origine de mise en place d’une réelle copropriété de l’entreprise. Or, il s’agit aussi d’un problème d’indépendance et d’enracinement de l’économie nationale puisque l’actionnariat salarié est un puissant rempart contre les prédateurs financiers.  C’est pourquoi il conviendrait de développer des mécanismes qui puissent permettre aux salariés de devenir copropriétaires de leur entreprise, mais également de leur branche professionnelle, comme ils l’étaient hier de leur corporation.
 
On peut estimer avec Gérard Lafay que l’épargne salariale puisse se diriger vers plusieurs instruments de propriété, l’un relié à l’entreprise et l’autre au corps de métier.
Avec ces instruments de propriété collective, les salariés deviennent :
-  Copropriétaires de leur entreprise. Ils seront considérés comme travailleurs propriétaires de leur propre entreprise.
-Copropriétaires des entreprises de leur branche professionnelle. Organisés par métier, ils seront détenteurs d'actions ou de parts sociales diversifiées de plusieurs entreprises de leur branche professionnelle. Le but ne sera pas d’être majoritaires dans une entreprise, mais de diversifier leurs placements dans le même métier, en évitant des choix stratégiques qui peuvent s’avérer mauvais. Mais surtout, il s’agit de permettre aux entreprises et à leur branche professionnelle  de contrer les attaques des prédateurs financiers.