Pourquoi aurons-nous besoin de dividendes nationaux
et comment le crédit social les financera

Et ce fut la fin des Trente glorieuses

Avec la fin des Trente glorieuses, on commença à parler de chômage de masse. C’est à cette époque qu’Henri Guiton et  Yoland Bresson proposèrent l’idée d’une allocation universelle bientôt appelée revenu d’existence. L’idée de Bresson reposait sur la constatation que chaque revenu comporte une part relative au temps. Bresson en conclut que cette valeur temps était également « la mesure du revenu minimum à partir duquel l’individu est économiquement intégré. » Il en déduisit qu’il fallait, pour le valoriser, « que la collectivité, par le biais de l’Etat, alloue périodiquement à tout citoyen, sans autres considérations que celle de son existence, l’équivalent monétaire de la valeur temps. »  En conséquence, sa valeur ne se discutait pas. En revanche, elle différait d’un pays à l’autre, d’une époque à l’autre. Ce revenu d’existence n’avait pas comme objectif principal de vaincre la pauvreté, mais pouvait permettre l’élimination de l’extrême pauvreté.
Selon Bresson, de nombreuses personnes perçoivent déjà l’équivalence de ce revenu d’existence qui est dans de nombreux revenus : revenus du travail, revenu du capital ou revenus de transfert. On peut ainsi constater qu’environ 90 % de la population totale disposent de ce revenu incorporé pour 70 % d’entre eux dans leur revenu d’activité et 20 % dans leur revenu de transfert (allocations familiales, chômage, pensions de retraite).
Mais de nombreux publics (environ 10 %) en sont encore exclus. Le problème de son financement se pose en conséquence uniquement pour ces populations. La manne financière à trouver serait donc limitée. Bresson avait suggéré que l’Etat émette un emprunt à très faibles taux auprès des banques commerciales. Il s’agissait là de contourner l’interdiction donnée aux Etats de se financer directement auprès de la Banque centrale par les lois européennes (1992 et suite). Selon lui, les banques auraient accordé ce reliquat de financement des revenus d’existence puisqu’ils seraient revenus dans leurs caisses sous forme de dépôts. 
 
Avec Philippe Van Parijs, promoteur de l’allocation universelle,  et de quelques autres, Yoland Bresson fut, en 1986, à l’origine du BIEN (Basic income euroean network), association militante de sensibilisation autour d’un revenu de base inconditionnel, qui se fit connaitre tout d’abord en Europe, puis au niveau international.
 
André Gorz, longtemps hostile à cette idée d’un revenu de base alla cependant bien plus loin. Il considérait d’ailleurs qu’un « revenu suffisant garanti à tous ne pourra rester longtemps un revenu de transfert. On ne voit pas sur quels revenus primaires il sera prélevé quand le volume du travail immédiat ne cesse de se contracter et que sa part dans le PIB ne cesse de diminuer. Vouloir la prélever sur les revenus du capital et de la fortune est un contresens quand le travail et les revenus du travail régressent, les revenus du capital ne peuvent augmenter, comme ils l’ont fait dans les années récentes, que grâce au gonflement d’une bulle spéculative à l’implosion de laquelle on assiste actuellement. (...) Bref, au bout du compte, un revenu de base suffisant garanti à tous ne pourra être servi que comme revenu primaire par émission d’une monnaie de consommation. »
 
Quelle que soit l’idée que l’on s’en fait, le revenu de base continue à être présenté et expérimenté dans plusieurs régions du monde.
Depuis 1982, toute personne vivante dans l’Etat d’Alaska (Etats-Unis) depuis six mois reçoit un dividende de l’Alaska permanent fund, financé par les revenus issus de l’exploitation des ressources pétrolières.
Au Brésil, depuis 2004,  la « Bolsa familia » (bourse familiale contre la pauvreté) évolue progressivement vers un revenu de base inconditionnel.
En France, Christine Boutin présenta en 2006 une proposition de loi (n° 3378) visant à créer un dividende universel (DU) inspiré du revenu d’existence, de 330 euros par mois, de façon à ce qu’il soit tout juste suffisant pour survivre et pour que ses bénéficiaires soient toujours incités à travailler pour augmenter leurs revenus. Elle suggérait de financer « les charges qui pourraient résulter de cette loi par un relèvement des droits sur les tabacs ».
 
Depuis la première décennie de ce siècle, notamment après la crise financière, puis économique et enfin sociale de 2008, plusieurs autres conceptions de ce revenu de base ont été présentées.  
 
En Finlande, ce revenu de base était estimé à 1000 euros par mois en 2015 par le Premier ministre Juha Spilä. Soulignons cependant que la Finlande avait alors un PIB par habitant supérieur à celui de l’Allemagne et de la France, une population de seulement  5,4 millions d’habitants pour un taux de chômage dépassant alors les 10 % de la population active.
En Allemagne, Gotz Werner proposa un revenu de base équivalent à 1500 euros financé par une TVA à 48 %, après la suppression de tous les autres impôts et cotisations sociales.
En Suisse, l’idée d’un revenu de base se fonde sur un même projet de réforme du système fiscal privilégiant un impôt sur la consommation. Cette mesure augmenterait ainsi l’assiette des recettes fiscales et réduirait le risque de fraude fiscale.
En 2014, une demande d’étude sur le revenu de base fut portée  à la Commission européenne par l’Association pour l’instauration d’un revenu d’existence (AIRE). Toutefois, son président Marc de Basquiat fait reposer le financement du revenu de base sur un relèvement de l’impôt sur le revenu des personnes physiques. D’autres auteurs s’inspirent de la flat-tax, (impôt direct à taux unique)   appliqué dans les pays d’Europe de l’Est
Un rapport remis au ministre du Travail en janvier 2016  « Travail Emploi numérique Les nouvelles trajectoires » propose d’expérimenter le revenu de base pour dépasser le RSA.
Ainsi, de plus en plus de personnalités politiques, d’horizon et de sensibilités divers,  commencent à en envisager de nouveau l’augure. Citons Dominique de Villepin, Arnaud Montebourg, Eric Woeth....
Cependant, les conceptions de ce revenu de base sont très différentes d’une époque à l’autre, d’un pays à l’autre ou d’un auteur à l’autre. Certaines sont plus proches de l’impôt négatif (allocation dégressive attribuée aux contribuables dont les revenus sont inférieurs à un certain seuil) que Milton Friedman forgea en 1968, que de l’idée qu’en avait Thomas Paine en 1792.
 
Le dividende national que nous présentons ici peut se définir en revanche  comme l’instrument d’une nouvelle  répartition des revenus. Sa distribution s’appuie sur une réforme monétaire démocratique et l’émission d’une monnaie intégrale et souveraine de crédit social.
Expliquons tout d’abord les raisons qui fondent l’avenir de cette idée.