Pourquoi aurons-nous besoin de dividendes nationaux
et comment le crédit social les financera

La monnaie intégrale et souveraine

Notre première proposition consiste à dissocier le métier du prêteur du métier de l’émetteur. Cette disposition bancaire permettra à l’Etat (et à sa Banque centrale) de retrouver son monopole d’émission monétaire. Il ne s’agit pas de nationaliser les banques. Mais de nationaliser la monnaie. Nous la rendons intégrale de sorte  qu’elle soit  toujours couverte par une contrepartie détenue auprès de la Banque centrale. Quelle que soit la forme sous laquelle elle circule.
Après cette réforme, la Banque centrale sera seule à émettre  la monnaie, les banques commerciales n’accorderont des prêts  qu’en fonction du  volume et de la durée des épargnes dont  elles disposent ou qu’elles emprunteront auprès du public.
 
 
 
Libérer l’émission de la monnaie de la distribution des prêts bancaires
 
Notre système financier est daté. Toléré au XIXe siècle pour ne pas gaspiller la ressource aurifère, il se maintient sur un malentendu, en laissant à une multitude d’émetteurs privés le pouvoir d’émettre des faux droits monétaires.
Quand un emprunteur bénéficie d’un prêt, il  croit que celui-ci est financé par de l’épargne réelle. Il le croit volontiers et d’autant plus que le banquier lui-même ignore, lorsqu’il accorde ce prêt, s’il sera financé par la constitution et la reconstitution de dépôts ou par un mécanisme de duplication de monnaie créée ex nihilo.
Cette  confusion entre création monétaire ex nihilo et prêt sur  épargne distord gravement la répartition des revenus. Elle est à l’origine de l’inflation monétaire, car elle permet à deux pouvoirs d’achat de s’exercer sur un volume de production inchangé par ailleurs.
C’est aussi un facteur d’instabilité,  car les banques n’ont pas de vision macroéconomique de la régulation monétaire. Elles accordent beaucoup de prêts quand elles ont suffisamment de réserves, mais elles les raréfient quand celles-ci diminuent. L’offre et le coût du prêt bancaire sont ainsi déconnectés de la capacité d’épargne collective. Les banques entretiennent alors des cycles d’expansion (boom économique) et de dépression (récession économique) totalement artificiels et préjudiciables à l’activité et à la société.
 
· Ce système accorde aux banques le droit de prêter davantage qu’elles ne possèdent, et de se prêter les unes aux autres (sur les marchés) quand elles craignent de ne pouvoir pas être en mesure d’honorer les créances de leurs clients.  Il se crée ainsi un système complexe d’échanges de créances et de dettes qui disjoncte à l’occasion (ce sont les crises de confiance), s’emballe ou explose (ce sont les krachs de 1929, de 2008), et fait tomber les plus fragiles. C’st le risque systémique bancaire. Il se propage quand les banques s’observent, ne se prêtent plus, n’ont plus confiance dans la qualité des engagements des unes et des autres. La chute d’une banque fait chuter une autre, comme un jeu de dominos.
 
Maurrice Allais en a souligné le danger depuis longtemps :
« L’économie mondiale tout entière repose aujourd’hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile. Jamais dans le passé une pareille accumulation de promesses de payer ne s’était constatée. Jamais sans doute il n’est devenu plus difficile d’y faire face. »
 
· Ce système libère la finance qui n’est plus au service de l’économie. Depuis la réforme des marchés financiers (années 1980), le produit net bancaire ne provient plus principalement du financement de l’économie réelle, mais de l’achat et de la revente de titres financiers. Voici plus de trente ans qu’une sphère financière se développe à côté de l’économie réelle. Comme un cancer, une ombre gigantesque que l’on appelle aujourd’hui « shadow banking. »
 
La réforme bancaire : Emettre de la monnaie est un acte souverain
 
C’est donc avec sagesse et raison qu’Irving Fisher, Maurice Allais et bien d’autres économistes  proposent que la distribution  des prêts bancaires soit dissociée de l’émission monétaire. Distribuer des prêts bancaires est un acte commercial.  Emettre de la monnaie est un acte souverain.
Avec Allais, nous pouvons proposer une réforme bancaire qui rendra impossible la confusion de ces deux activités. Elle consiste à séparer les activités de dépôts bancaires (c’est-à-dire conserver  la monnaie)  et les activités de prêts (c’est-à-dire prêter uniquement l’épargne reçue).
 
On distinguera ainsi les banques de dépôt et les banques de prêt (et parmi elles les banques d’affaires) :
· les banques de dépôt seront exclusivement chargées d’assurer la garde des comptes courants (dépôts à vue). Elles effectueront les services d’encaissement et de paiement, mais ne pourront pas se livrer à des activités de prêt.  A chaque dépôt correspondra une couverture en monnaie centrale.
· Les banques de prêt recevront l’épargne (dépôts à terme) du public avec laquelle elles assureront l’escompte et le négoce des traites et des créances. Elles pourront accorder des prêts à leurs clientèles.  Cependant chaque prêt accordé devra être financé par des épargnes reçues d’une durée au moins aussi longue.
· Les banques d’affaires financeront leurs activités en empruntant directement au public et aux banques de prêt. Ces activités devront être également financées par des fonds qui leur seront remis sciemment  à cette fin pour une durée au moins aussi longue.
Dans ces conditions, on comprend qu’elles n’auront plus la même capacité qu’auparavant pour jouer sur les marchés financiers.
 
Ce dispositif permettra en effet, conclut ici Allais : « de rendre impossible toute création monétaire autre que celle de la monnaie émise par la Banque centrale, de supprimer les déséquilibres résultant du financement d’investissements à long terme par des emprunts à court terme, de maîtriser le volume de la masse monétaire souhaitée et les émissions et les annulations de la monnaie, de rendre à la collectivité les gains provenant de la création monétaire, de permettre le contrôle par l’opinion publique et le Parlement de la politique monétaire, et d’égaliser le taux d’investissement au taux d’épargne. »
Ainsi tous les dépôts bancaires seront couverts par la monnaie  de la Banque centrale qui sera seule responsable de l’émission et de l’affectation de la monnaie de crédit.
Emettre de la monnaie redeviendra un acte souverain.