Pourquoi aurons-nous besoin de dividendes nationaux
et comment le crédit social les financera

Le dividende national et le crédit social

Revenons aux sources. C’est en 1919 dans Economic democracy que Clifford Hugh Douglas énonça les principes d’une nouvelle répartition des revenus et des droits sociaux à une époque où la protection sociale garantie par l’Etat n’existait pas encore. Il y écrivait :
« La création de richesses aujourd'hui est inévitablement une affaire coopérative. Des produits viennent de diverses sources et forment un ensemble de biens auquel tous viennent puiser... La production de cette richesse exige de moins en moins de labeur. Elle est surtout le fruit de l'emploi de puissances motrices et d'ingénieuses machines de toutes sortes. Il faut bien le reconnaître, il y a un nombre croissant d'individus dont la production moderne n'aura nullement besoin pour une partie considérable de leur vie. Ce nombre ne pourra qu'augmenter de plus en plus (à mesure du recours à des sources d'énergie extrahumaine et à mesure du progrès dans les techniques de production). Le problème n'est donc pas de leur chercher vainement de l'emploi, mais d'établir un dispositif qui leur permette d'obtenir les produits sans être embauchés.  Et cela peut se faire très facilement par le moyen d'un système de dividendes. Si vous recevez un dividende aujourd’hui, à titre d'heureux actionnaire d'une compagnie qui en distribue, ce que vous recevez en réalité, c'est un morceau de papier qui vous donne droit à une fraction de la production ; non pas uniquement de la production dans laquelle sont engagés vos placements, mais, à votre choix, de n'importe quelle production offerte dans le monde entier. Ce produit global de richesses existe, offert sur le marché communautaire ; et si nous étendons le système de dividendes, de telle sorte que tous ceux d'entre nous qui sont sans emploi obtiennent de ces garanties de dividendes, et que ceux qui sont employés les obtiennent en outre de leur salaire, alors nous aurons un état de choses qui ne fera que refléter exactement les faits physiques de la situation.»
 
C’est par la suite Louis Even qui résuma et fit connaître ces propositions à un très large public francophone. On peut citer le résumé qu’il en donna :

 1. Contrôle national de la monnaie ;
2. Un compte de crédit national, reflétant en tout temps la véritable richesse du pays ;  
3. Emission de toute monnaie nouvelle nécessaire, du côté de la consommation, de deux manières, se complétant l’une l’autre   
    a) Par un dividende national à chaque citoyen reconnaissant ainsi le droit de chacun à un héritage commun, facteur de production ;
   b) Par un ajustement des prix pour équilibrer définitivement le pouvoir d’achat global avec la production offerte, évitant toute inflation comme toute déflation. »
 
Etudié en son temps par une commission d’études sociales de l’Eglise, on pouvait lire dans son commentaire : « Douglas entrevoit ici un système économique entièrement coopératif. Alors, il devient facile de comprendre que les ouvriers coopérateurs ne reçoivent plus leurs rétributions sous forme de salaires, mais bien sous forme de dividendes. Ils sont dans les deux cas, en quelque sorte, propriétaires eux-mêmes du système de production.
Cette substitution du dividende au salaire ne peut être considérée comme opposée à la doctrine sociale de l'Eglise ; d'autant que le Pape lui-même, dans Quadragesimo anno, admet la légitimité d'un ordre de choses où le contrat de société corrigerait, dans la mesure du possible, le contrat de louage de travail. La coopération est une forme de société dans laquelle le dividende tend normalement et progressivement à remplacer le salaire. »
 
C’était toute la démarche de Douglas à une époque où l’on opposait violemment le capital au travail.  Il écrivait déjà en 1919 :
« Au lieu de porter atteinte au capital (ce qui est discuté par beaucoup de personnes)  contentons-nous de faire admettre que le crédit est un bien commun et non la seule propriété des banquiers. Distribuons-le  à tous les consommateurs de manière que chaque année, les chefs de famille soient crédités d'un pouvoir d'achat additionnel. »