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Le mythe du plein emploi

Peut-on encore croire au plein emploi ?
Le plein emploi est défini comme l’état de la population active occupée d’un pays au maximum de ses possibilités ou ayant la faculté  de trouver un  emploi.
La population active d’un pays est définie comme l’ensemble des personnes en âge d’être occupées dans les branches de production ou d’être disponibles sur le marché du travail.  Les demandeurs d’emploi appartiennent à la population active inoccupée, à la différence des étudiants et des retraités qui appartiennent à la population inactive.
Reste à définir l’âge d’être occupé dans les branches de production, l’âge de mise à la retraite, la durée d’occupation des personnes (temps de travail hebdomadaire ou annuel) pour être en mesure d’établir des comparaisons dans le temps et dans l’espace. Car entre des pays où l’on commence à travailler avant l’âge pubère et jusqu’à la mort, et des époques où l’activité s’alignait sur le rythme des saisons, de nombreuses versions peuvent être soutenues.
 
 
Limitons notre vision à notre époque. Si le plein emploi suppose la faculté d’obtenir un emploi quasi continu pour 95 % de la population âgée de 20 ans à 60 ans, il n’existe plus depuis les années 1970 qui marquèrent la fin des Trente glorieuses.  Années de croissance économique portées par un  coût de l’énergie très peu élevé qui permit d’intensifier l’industrialisation des pays développés et de soutenir la consommation de masse.
Au sens du Bureau international du travail (BIT) le plein emploi (compris comme occupant 95 % de la population active) n’existe plus depuis cette date. Ne rêvons pas. L’époque a changé.      

Continuons aussi par un autre  constat. Le salariat est derrière nous. On constate aujourd’hui que les structures de travail se sont modifiées très intensément depuis ces dernières décennies :
Dans les dernières décennies du XXe siècle, la productivité que la concurrence internationale exigea des trois secteurs d’activité économique (agriculture, industrie et services) leur fit perdre davantage d’emplois qu’elle n’en créa. On a récemment souligné qu’« entre 1980 et 2007, 29 % des destructions d’emploi dans l’industrialisation sont dues à l’augmentation des gains de productivité (et donc en large partie aux évolutions technologiques). Entre 2000 et 2007, cette part s’élève à 65 %. »
Puis l’automatisation et les nouvelles techniques de  l’information et de la communication ont profondément changé les structures de l’emploi. Ici, elles ont automatisé les tâches, ailleurs elles ont détruit les normes salariales. Selon une étude menée par des chercheurs pour les Etats-Unis sur un horizon de 20 ans (Rapport Andrieux 2016), 47 % des emplois ont une probabilité forte d’être automatisés, 19 % une probabilité moyenne et 33 % une probabilité faible. »
 
 
 Création et destruction d’emplois 
 
Les économistes ont cru pendant longtemps que la croissance économique pouvait détruire des emplois quand elle était soutenue par une forte productivité des secteurs. Certains évoquaient pourtant une destruction créatrice (avec Schumpeter) en regardant les emplois du secteur primaire (agriculture) se déverser vers le secteur secondaire (industrie). La productivité fut grande dans l’industrie et les empois se déversèrent sur le secteur tertiaire des services. (Pour faciliter la chose, on a moqué le cul terreux, plus tard le col bleu. Même propagande publicitaire pour changer un mental !) Depuis les années 1980, plus de 75 % des emplois appartiennent au secteur tertiaire. Mais seuls 10 % d’entre eux dégagent une productivité supérieure à celle que dégageait l’industrie aidée par une énergie abondante et bon marché. Les autres, souvent des emplois à la personne, n’ont aucune productivité interne. Leur potentielle productivité dépend de l’augmentation de la demande. S’ils passent d’un client par jour à dix clients, leur productivité explose. C’est la demande qui la porte. Mais encore faut-il qu’elle soit solvable.
 
Faut-il alors dissocier les revenus et le travail ?
 
Depuis la fin des Trente glorieuses et la présence d’un chômage de masse différent des situations historiques de sous emploi, on a assisté à la montée en puissance d’emplois atypiques (CDD, temps partiel souvent non choisi) qui ont engendré de nombreux déséquilibres sur le marché du travail, un accroissement du taux de pauvreté, et une augmentation des inégalités de revenus.
 
On cherche depuis à favoriser de nouvelles formes d’emploi, avec le statut d’autoentrepreneur, le développement des techniques de numérisation et de l’ubérisation des services pour atténuer la décroissance des emplois.  Mais on sait que les valeurs qui seront créées ne seront plus équitablement réparties, mais seront accaparées par quelques-uns. La demande collective ne sera plus solvable.
Faut-il alors dissocier le revenu et le travail pour garantir à tous un revenu permanent pour un emploi discontinu, riche ou pauvre en productivité, mais cependant socialement utile ? Il le faut. Les raisons ne manquent pas.