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Parce qu'à travail égal il n'y a pas de salaire égal

On a ainsi observé que les écarts entre les revenus salariaux  n’ont  cessé de s’accroître depuis ces dernières décennies.
A la fin de la première décennie du siècle, l’écart minimum entre les 10 %  des salariés à temps complet les plus rémunérés et les 10 % les moins rémunérés atteignait un rapport de 2,9/1 pour l’ensemble, de 3/1 pour les hommes et de 2,5/1 pour les femmes. 
Cependant, si l’on considère également la différence de durée d’emploi, en France, ces écarts explosent, pour atteindre des rapports supérieurs à 10/1 entre les 25 % de salariés les plus rémunérés et le 25 % de salariés les moins rémunérés. On expliquait en 2009 ces écarts « pour 16 % par des disparités de salaire horaire et pour 84 % par des disparités  de durée d’emploi dans l’année ». C’est principalement pour les salaires inférieurs au salaire médian (qui partage la population en deux parties égales) que les écarts s’expliquent par la différence de durée d’emploi évoluant d’un rapport de 1 à 3.
 
Selon l’entreprise et le contrat de travail  
 
Cet élargissement de la dispersion des revenus du travail, avec à la base de la hiérarchie salariale de plus en plus de petits salaires et de travailleurs pauvres, et à son sommet de plus en plus de hauts revenus, qui concourt à vider les classes moyennes, est observable dans de nombreux pays depuis les dernières décennies du XXe siècle.
 
Cependant, on sait que les salaires peuvent différer selon le type de contrat offert à l’employé, alors que  les politiques salariales diffèrent en fonction des secteurs d’activité des entreprises, de leur taille, de leurs caractéristiques institutionnelles et de leur position sur le marché. En France, par exemple, le salaire annuel  brut moyen à temps complet dans les plus petites entreprises s’élevait, en 2000, à 19.000 euros contre 25.000 dans les entreprises de plus de 250 salariés, soit près de 30 % d’écart. C’est également dans les plus petites entreprises que l’emploi à temps partiel est le plus répandu.
Les écarts salariaux, qui s’observent d’un secteur d’activité à l’autre, s’expliquent « essentiellement par des rendements différents du travail, dus à l’utilisation de technologies propres à chaque secteur, mais aussi sans doute par des caractéristiques institutionnelles et conjoncturelles qui peuvent différer d’un secteur à l’autre », souligne une étude de 2006 sur les salaires en France.
« Les écarts de revenu salarial d’un salarié à l’autre sont élevés : en 2009, le quart des personnes aux revenus salariaux les plus hauts perçoivent dix fois plus que le quart de celles qui ont les revenus salariaux les plus faibles. Les différences de durée d’emploi sur l’année expliquent 84 % de ces écarts. Le reste provient des différences de salaire horaire », souligne une autre étude.
 
Selon le secteur et la branche
 
Dans le secteur secondaire, l’industrie textile et l’habillement offrent des salaires moins élevés que les industries pharmaceutiques, la parfumerie, la production de combustibles et les carburants. Dans le secteur tertiaire, les salaires les moins généreux sont distribués dans le commerce de détail, les postes et télécommunications, l’hôtellerie restauration. Inversement, les activités financières bénéficient de salaires très larges.
 
L’explosion des hauts taux  salariaux
 
En effet, alors que dans les 30  dernières années du XXe siècle, la hiérarchie salariale, en France, était caractérisée par une grande stabilité, elle tend depuis à exploser en s’inscrivant à la suite des évolutions déjà observées dans d’autres pays, notamment anglo-saxons.
En France, il apparaît qu’après une période de grande stabilité de 1980 à la fin des années 1990, où le revenu moyen stagnait tandis que les hauts revenus croissaient très faiblement, les hauts revenus se sont mis à croître très rapidement sur la période récente tandis que le revenu moyen continuait sur les mêmes rythmes tendanciels de faible augmentation.
On constate ainsi sur  la période 1998-2005, que les 0,01 % des foyers les plus riches ont vu leur revenu réel croître de 92,6 % contre 4,6 % pour les 90 % des foyers les plus riches ». Parmi les revenus les plus élevés, souligne Camille Landais, « le plus frappant est l’importance de la croissance des rémunérations de quelques milliers de salariés (…) que l’on peut assimiler aux tops managers et aux banquiers et traders percevant les plus gros bonus et intéressements. Leur part dans les salaires totaux a presque augmenté de moitié (+ 44 % entre 1998 et 2005).»
 
Plusieurs explications à cette tendance à l’explosion des hauts salaires  dans la plupart des pays post industrialisés ont été données. On a notamment évoqué les modes de fixation des hauts salaires avec l’attribution de primes et d’intéressement sur options d’achat d’actions, la mondialisation et les conséquences de l’ouverture des marchés et du mimétisme des comportements sociaux et financiers. Enfin, on explique, notamment aux Etats-Unis, cette explosion des hauts salaires, « avant tout comme une conséquence structurelle de l’accroissement de la capitalisation des entreprises. » 
Autrement dit, les hauts salaires disposent d’une quasi-clause d’indexation de leurs revenus salariaux sur la valeur boursière de l’entreprise.