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Parce que le temps de travail diminue

L’accroissement de la productivité a permis depuis plus d’un siècle une réduction sensible du temps occupé à  la production. Il  occupait 42 % d’une vie éveillée en 1900 pour 14 % en 1960. Depuis, le nombre d’heures employées contre rémunération tout au long d’une vie ne cesse de se réduire. Mais on parle cependant de travailler le dimanche et d’augmenter l’âge de départ en retraite ! Pourtant la productivité croît et l’emploi décroit. La production moderne exige de moins en moins d’emplois.   Globalement, le temps occupé à l’emploi total ne cesse de décroître.
 
 
La diminution du temps de travail en France
 
Jean Fourastié rappelait que vers 1800 la durée annuelle du travail par habitant était de 2500 heures dont 2000 étaient fournies par le travailleur lui-même et 500 par des bêtes de somme ou les premières machines. En 1980, cette durée atteignait 200.000 heures dont 1000 étaient offertes aux travailleurs eux-mêmes et 199.000 accomplies par les machines.
 
De la fin de la seconde guerre mondiale au début des années 2000, la durée annuelle de travail par personne a diminué de 25 %. En 1949, on travaillait environ 45 heures par semaine avec deux semaines de congés payés. Jusqu’en 1966, la durée effective du travail fluctua autour de 1950 heures par an.  En 1956 fut instaurée la troisième semaine de congés payés. Entre 1967 et 1980, la durée annuelle effective du travail salarié baissa de 260 heures avec l’instauration  de la quatrième semaine de congés payés en 1969 et de la baisse effective du temps de travail hebdomadaire qui s’aligna sur la durée légale de 40 heures. Entre 1980 et 1995, la cinquième semaine de congés payés instaurée en 1982 et l’abaissement à 39 heures de la durée hebdomadaire légale du travail réduisirent la durée effective du travail annuel de 160 heures. Avec le développement du temps partiel choisi et contraint dans la dernière décennie du XXe siècle, la durée du travail annuel perdit encore 50 heures. Enfin, dans les premières années du XXIe siècle, cette durée effective, influencée par les lois de réduction collectives du travail,  baissa de 1530 heures à 1450 heures par an.
 
Par ailleurs, individuellement, les heures employées à la production sur une année, multipliées par le nombre d’années actives, rapportées à la durée horaire moyenne d’une vie ne cessent également de décroître. La durée des études et des formations, des congés et du temps passé à la retraite ne cessent de croître alors qu’inversement le temps consacré à l’emploi décroît.
 
 
La diminution du temps de travail collectif
 
Le mouvement de réduction du temps occupé à l’emploi est quasi constant. L’histoire nous le rappelle.
 
 A la fin du XXe siècle, le 30 mars 1900, en France, l’Assemblée nationale votait une loi proposant de respecter la journée de 10 heures. Puis la journée fut ramenée à 8 heures en 1919. En 1998, la semaine de 35 heures fut instaurée, mais entre temps, la durée des congés payés augmenta. Alors que le temps annuel moyen du travail avoisinait les 3000 heures en 1900, il n’en dépassait qu’à peine la moitié en 1998.   Un homme salarié de 20 ans avait, en 1946, la perspective de passer au travail un tiers de sa vie éveillée ; en 1975, un quart ; et aujourd’hui moins d’un cinquième. Ces mouvements sont profonds, se prolongent et induisent d’autres logiques de production et d’échange. On commence à parler de la fin du modèle salarial qui n’avait cessé de croitre depuis le XIXe siècle avec la première révolution industrielle. 
 
 
On a aussi tenté, pour maintenir les hommes occupés à l’emploi, de le doter d’artifices sociaux ou lui permettre d’absorber  toujours plus d’activités libres, effectuées traditionnellement dans des espaces domestiques ou sociaux sans contrepartie financière directe. Pour combattre la baisse tendancielle de l’emploi, la division du travail s’est étendue. Il a fallu augmenter l’espace consacré au marché. C’est la société du tout marché, de la mondialisation à tout prix que l’on cherche à imposer.
 
Paul Lafargue ne s’y était pas trompé qui écrivait déjà :
« Pour que la concurrence de l’homme et de la machine prît libre carrière, les prolétaires ont aboli les sages lois qui limitaient le travail des artisans des antiques corporations ; ils ont supprimé les jours fériés. Sous l’Ancien Régime, les lois de l’Eglise garantissaient au travailleur 90 jours de repos (52 dimanches et 38 jours fériés) pendant lesquels il était strictement défendu de travailler. C’était le grand crime du catholicisme, la cause principale de l’irréligion de la bourgeoisie industrielle et commerçante. Sous la Révolution, dès qu’elle fut maîtresse, elle abolit les jours fériés et remplaça la semaine de sept jours par celle de dix. Elle affranchit les ouvriers du joug de l’Eglise pour mieux les soumettre au joug du travail.»