Pourquoi aurons-nous besoin de dividendes nationaux
et comment le crédit social les financera

Parce que les minima sociaux ont un coût administratif
et déforment les marchés


 L’attribution de  minima sociaux fut, dès l’origine, conditionnée par la situation  des bénéficiaires. Il y avait,  en 2015, huit minima sociaux dont les quatre principaux dispensés couvraient la quasi-totalité des bénéficiaires. Il s’agissait du revenu de solidarité active (RSA) ouvert aux personnes de plus de 25 ans (ou de plus de 18 ans ayant déjà travaillé deux ans), de l’allocation supplémentaire vieillesse (ASV) réservée aux personnes de plus de 65 ans, de l’allocation aux adultes handicapés (AAH) réservés aux personnes souffrant d’un handicap, et de l’allocation de solidarité spécifique (ASS) destinée aux chômeurs ayant épuisé leurs droits, sous réserve d’activité antérieure.
 
Jusqu’en 1979 environ, le nombre des bénéficiaires de ces minima sociaux resta stable. Il augmenta ensuite, en partie, avec la mise en place de nouveaux minima pour atteindre 2,65 millions de personnes en début 1985. Avec la création du RMI en 1989, ce nombre fut porté à 3 millions dès fin 1990. Il progresse depuis au-dessus de ce seuil. Le RSA a remplacé le RMI et l’APP (aide au parent isolé) en 2009.
 
La complexité d’origine et de situation de ces aides n’est pas la seule critique que l’on peut leur adresser.
On distingue deux catégories d’aide :
- les aides servies aux personnes dont on n’attend pas qu’elles retrouvent rapidement un travail. Ce sont les minima sociaux dont les montants sont les plus élevés, au minimum égal aux deux tiers du SMIC net.
- les aides servies aux personnes en âge et en état supposé de travailler. Ces aides sont inférieures à la moitié du SMIC net.
Cette progression des bénéficiaires de minima sociaux depuis 1980 ne couvre cependant que très partiellement la réalité de la pauvreté en France. Celle-ci s’étend également parmi les populations actives occupées, c’est-à-dire ayant un emploi. Ces travailleurs actifs occupés ont des ressources issues du travail  inférieures de 50 % ou 60 % au revenu médian du travail.
Le tableau suivant compare pour 2005 le montant maximal des salaires perçus par les actifs occupés par les six premiers déciles divisant la population au salaire médian, au SMIC, et au seuil de pauvreté salariale. 
En 2005, 50 % de la population active occupée percevaient moins que 1,32 SMIC par mois. Plus de 20 % de ces actifs occupés recevaient des revenus inférieurs au seuil de pauvreté.
 
Selon le Comité de protection sociale européen, « les travailleurs pauvres sont des personnes vivant dans un ménage pauvre au sens monétaire et relatif du terme, c’est-à-dire un ménage dont le revenu par unité de consommation est inférieur à 60 % du revenu médian national. Ils doivent avoir été en emploi plus de la moitié de l’année précédente, soit au moins sept mois. »
 
Le tableau suivant souligne les taux de pauvreté qui résultent des taux de différents  retenus de 50 % à  70 % du revenu médian en France.
Pour inciter leurs bénéficiaires à rechercher et à accepter les offres d’emploi, quelque soit la nature, la durée et la rémunération du travail proposé, de nombreux Etats ont mis en place des palliatifs, inspirés de l’impôt négatif formulé par Milton Friedman, avec, en France, le revenu de solidarité active (RSA).
Mais il ne réduit que marginalement le nombre de personnes ou travailleurs dont les revenus sont inférieurs au seuil de pauvreté. On notera cependant, malgré l’instauration du RSA, une dégradation de la plupart des minima sociaux dans le temps.
Tous ces revenus sont conditionnels, alloués  sous réserve de certaines conditions de santé, d’âge, de situation familiale ou suppléant l’absence  totale ou partielle de revenus du travail jusqu’à un certain seuil. Ils sont conditionnés à la présence de situations de handicap, de santé, d’épuisement des droits, d’insertion, de faible productivité, et à un plafond de ressources.
Cette conditionnalité des aides peut susciter et entraîner des distorsions de comportement qui en altèrent l’opportunité et la pertinence. Elle nécessite des contrôles administratifs. Elle produit de la suspicion de fraude. Elle divise la population. Elle augmente le coût des frais de gestion et en réduit en  définitive l’efficacité.
C’est pourquoi la distribution de dividendes nationaux serait socialement plus pertinente  et économiquement moins onéreuse.