Pourquoi aurons-nous besoin de dividendes nationaux
et comment le crédit social les financera

Parce que nos revenus proviennent en grande partie
de la poche des autres

On sait qu’une large partie de l’activité humaine n’est ni quantifiée ni valorisée. Elle n’est pas mesurée en termes monétaires comme le sont les activités marchandes ou les activités publiques. Le coût des destructions que la croissance des activités économiques génère sur les environnements n’est pas non plus pris en compte.
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L
e PIB ne reflète que la division  du travail monétisé
Un matin  de printemps, vous décidez de tondre la pelouse de votre jardin. En vous voyant à l’oeuvre, votre voisin décide d’en faire autant. Le PIB n’augmente pas. Quinze jours plus tard, vous inversez les rôles, vous tondez la pelouse de votre voisin, et ce dernier tond la vôtre. Vous vous attribuez à chacun un salaire de 10 euros. Le PIB a augmenté.
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La valorisation des seules activités marchandes (ou  dont le prix est fixé par convention, comme les services de l’Etat) conduit à distribuer des rentes à une foule de parties prenantes  au  détriment de toutes les autres.
 
Il a fallu attendre les années 1970 pour qu’on avance l’idée que la production de services au sein des familles peut augmenter le bien-être économique. On est arrivé depuis à la conclusion que  la contribution des femmes  (qui effectuent environ les deux tiers des tâches domestiques) à cette production était nettement sous-estimée par les statistiques classiques. Les travaux, pionniers en la matière, de K.E. Walter aux Etats-Unis,  d’Ann Chadeau et d’Annie Fouquet en France, ont  confirmé et validé l’idée que la valorisation de la production non rémunérée, réduirait de façon significative la part attribuée à la production marchande et administrative dans les grands agrégats économiques.
 
 
Le développement de l’industrie a, on le sait, progressivement retiré aux familles la production de nombreux biens et de services. Division du travail oblige. On a ainsi fortifié le salariat et la dépendance financière des populations.
 
Mais les comptables nationaux répugnent toujours à considérer la production domestique en raison de l’extrême difficulté de faire une estimation économiquement significative de leur valeur. Sans doute par crainte des effets révolutionnaires que cela aurait sur la distribution des revenus.  C’est l’une des raisons qui nous amène à proposer un dividende national en contrepartie de cette production.
 
 
Une activité pour compte propre
 
 
En effet, selon le Bureau international du travail (BIT), « les personnes économiquement actives sont celles participant à des activités de production se situant dans la frontière de la production définie par le système de comptabilité nationale. » Si la définition était élargie pour inclure aussi la production de services par les ménages pour compte propre, presque toute la population adulte serait économiquement active et le chômage serait éliminé. 
 
Du point de vue social et culturel, cependant, la production domestique assume en grande partie, l’éducation et la sociabilité des enfants, et la reproduction de la société. A ce titre, sa valeur est infinie. Mais entre une valeur nulle et l’infini, cette production qui n’est pas marchande peut cependant être appréciée.
 
 
On peut admettre que la grande majorité des activités domestiques  reste complexe à cerner, car elle peut comprendre une partie ludique et une autre créatrice. Par exemple, la production à court terme, la plus visible (travail de ménage, l’entretien du foyer), est relativement simple à cerner et à quantifier. En revanche, la production à long terme (l’éducation ou « la  fabrication des générations nouvelles »), davantage qualitative et subjective, ne peut s’appréhender que de façon arbitraire ou conventionnelle.
Rappelons que les allocations familiales et natales versées aux parents n’ont jamais poursuivi cet objectif puisqu’elles furent instaurées pour compenser, à l’origine, la perte de niveau de vie que l’entretien d’un enfant leur faisait subir. Nous en sommes loin.
 
Plusieurs méthodes furent utilisées pour affiner la valorisation de la production économique depuis que les chercheurs s’intéressent à ce sujet.
 
  •  La méthode de la tierce partie : On ne retient que les activités qui peuvent être laissées à la charge d’autres personnes, comme le repassage ou la lessive.
  •   Les méthodes  d’évaluation au coût du marché. Elles indiquent le manque à dépenser. On peut l’évaluer globalement  (on retient un même taux salarial, SMIC ou revenu médian, pour l’évaluer, quelle que soit l’activité) ou tâche par tâche (on affecte une valeur différente à chaque tâche en fonction du tarif que demanderait un professionnel pour les effectuer).
  •   L’évaluation du gain potentiel. Elle détermine la perte de gain ou le manque à gagner que les agents accusent en se livrant à des activités de production non rémunérées au lieu d’exercer leur activité professionnelle.
 
La méthode de l’évaluation au coût du marché, effectuée sur l’année 1975, oscillait, en brut, entre 50 % et 65 % du PIB marchand, en fonction des équivalences  (globale ou par tâche).
La seconde méthode dite de l’évaluation du gain potentiel s’élevait à 50 % du PIB 1975.
 
K.E. Walter qui fut la première à étudier le travail domestique souligna que « si les indices économiques nationaux tenaient compte de la valeur des travaux domestiques, les femmes en bénéficieraient aussi bien psychologiquement qu’économiquement, car la valeur monétaire des biens et des services est, dans notre société, un indice reconnu de valorisation. » 
 
On commença seulement quarante ans après cette constatation à admettre qu’une distribution des revenus qui ignore la valeur des productions non rémunérées, principalement domestiques, que nous pouvons raisonnablement estimer supérieure à la moitié du PIB, crée de graves distorsions économiques. Nous en sommes encore réduits à une conception du travail, héritée de la société industrielle, qui suppose une valeur marchande. Car c’est par ce travail rémunéré que nous appartenons à la sphère publique et que nous sommes reconnus et acquérons une identité sociale. Le travail rémunéré est le facteur quasi exclusif de socialisation de notre société.


Une étude de valorisation du  travail domestique en France fut effectuée en 2010 par l’INSEE. Nous en donnons ici les résultats.

On a cependant fini par admettre que dans les pays développés, le temps consacré aux activités de production domestique non rémunérées s’élève à environ 50 % à  du temps total occupé au travail.
Ainsi, si la production domestique était rémunérée sur la base arbitraire du temps qui lui est consacré, c’est un pouvoir d’achat égal à près de 50 % du temps de travail total (professionnel rémunéré et domestique non rémunéré) qui lui serait alloué.
 
C’est ce temps de travail que consacre le dividende national.