Pourquoi aurons-nous besoin de dividendes nationaux
et comment le crédit social les financera

Parce que notre système social nous tue

Depuis la création de la Sécurité sociale (1945), les dépenses de protection sociale ont progressé environ deux fois et demie plus vite que la richesse nationale : les prestations atteignaient 12 % du PIB en 1950, elles en couvent aujourd’hui environ 30 %.  Avec d’autres revenus et minima sociaux, la sécurité sociale fonde la protection  sociale en France.  Ce sont les dépenses des caisses de retraite et vieillesse qui ont le plus progressé.
La population vieillit.  Les faits sont là. Les projections de la pyramide des âges ne trompent pas.
Ces projections ont déjà des conséquences préjudiciables sur les régimes de répartition. Ils  réduisent le pouvoir d’achat des populations actives et augmentent le coût du travail. 
La charge de financement des retraites dépend du rapport des populations actives sur les populations inactives âgées qui ne cesse de se réduire. Il y avait 4 cotisants actifs pour financer la pension d’un retraité en 1960, il n’y en avait  plus que 1,82 pour assurer le même financement en 2006, et il ne devrait plus être que 1,21 en 2050.
 
 
Un effet de levier
 
Ce modèle de solidarité intergénérationnelle s’est déséquilibré sous l’effort conjugué de la démographie (influencée par la faible natalité et l’accroissement de l’espérance de vie) et du chômage. L’espérance de vie à la naissance était, en 1930, de 54 ans pour les hommes et de 59,3 ans pour les femmes. Elle était, en 2015, de 79 ans pour les hommes et à 85,1 ans pour les femmes.
 
Dans la plupart des pays européens, ces régimes de retraite par répartition ont commencé à craindre  les conséquences de l’inversion de la pyramide des âges qui diminue inexorablement le rapport démographique de la population active à la population inactive âgée. La chute de ce rapport n’assure plus la pérennité de ce système de répartition intergénérationnelle.
 
Ce sont les besoins des inactifs âgés qui sont devenus prioritaires et déterminent les choix politiques. Mais surtout les prélèvements sur les revenus des actifs en âge de procréer  exercent un effet de levier d’un poids sans cesse croissant sur la fécondité du pays, entraînant un nouvel accroissement du vieillissement qui aboutit  à une inversion de la pyramide des âges jusqu’à l’implosion démographique, souligne le démographe Philippe Bourcier de Carbon.
Par manque de ressources pour élever leurs enfants, les jeunes actifs repoussent l’âge de fonder une famille ou n’en fondent pas. C’est l’explosion des ménages sans enfant qui bénéficient d’un double revenu, ce que les Anglo-Saxons appellent les DINKS : (double income, no kids). On a ainsi généralisé le couple à deux salaires. Il va de soi que la suppression de cet effet de levier restaurerait les revenus des familles et contribuerait à l’arrêt du vieillissement démographique par la reprise de la fécondité.
 
C’est ainsi que le niveau de vie des ménages en charge de famille n’a cessé de se dégrader. L’allocation familiale n’est plus, comme à son origine, quasi indexée sur le revenu des parents. Le principe de la solidarité verticale (d’indexation sur le niveau de vie) qui présidait à sa fondation a été abandonné au profit d’une solidarité horizontale (de redistribution égalitaire) pour des raisons budgétaires.  La branche famille de la sécurité sociale qui couvrait 27 % de l’ensemble de ses trois branches  (vieillesse, santé, famille) en 1962, n’en couvrait plus que 9 % en 2002. Inversement, la branche vieillesse évolua de 37 % à 53 % et la branche santé de 36 % à 38 %.
 
Jacques Bichot  a souligné de même que le montant des prestations familiales par enfant rapporté au PIB/habitant s’élevait à 20,1 % en 1950, mais n’atteignait que 10,6 % en 1996.
Alors que pendant les années 1950, les prestations familiales d’une famille ouvrière de trois enfants représentaient 60 % du salaire d’un manœuvre, elles n’en représentaient plus que 30 % à la fin des années 1970.
 
Cette dépréciation continue provoqua un fort effet dénataliste.
Le tableau suivant compare les montants que les allocations familiales auraient dû atteindre en 2004 si elles avaient continué à être indexées comme en 1954, sur le salaire moyen d’un  ouvrier et d’un cadre à celui qu’elles  atteignaient alors.

On voit bien ici que c’est, en définitive, la diminution du niveau de vie des ménages en charge d’enfants que l’on a entérinée.
Si on voulait dissuader la natalité et réduire les populations, on ne ferait pas mieux.