Pourquoi aurons-nous besoin de dividendes nationaux
et comment le crédit social les financera

Un nouveau partage dans la prospérité

La distribution des dividendes nationaux va permettre de répartir entre tous le produit des rentes intégrées dans certains revenus du travail et du capital.
 On a vu, en effet,  que toute tentative de suppression des rentes s’avère inutile, voire même contre-productive, et ne ferait que les déplacer vers d’autres supports. En revanche, la distribution d’un dividende national à tous permettra d’en atténuer, voire même d’en supprimer les effets.
La distribution de dividendes nationaux à tous revient ainsi à mutualiser les gains de la  productivité entre tous. Elle a aussi pour conséquence de corriger les processus d’accumulation des revenus qui freinent et altèrent la prospérité commune. Elle permet de soutenir la consommation sans privilégier une catégorie sociale plus qu’une autre, et donc, sans perturber le fonctionnement des marchés.
 
 
Le dividende national, c’est le revenu permanent d’un patrimoine collectif
 
Le dividende national est l’instrument d’une protection  sociale permanente. Il institue un troisième revenu entre les revenus du travail et ceux du capital. Il peut s’interpréter comme le prix du temps social contraint et de la production domestique. Il permet de créditer les ménages d’un pouvoir d’achat additionnel qui n’alourdit pas les coûts de production et d’élever le niveau de vie de tous au-dessus du seuil de pauvreté monétaire. C’est le revenu permanent et inconditionnel reçu d’un patrimoine collectif, humain, naturel, culturel, social et économique, sans cesse enrichi par les anciennes générations et que les générations présentes doivent préserver et renouveler.
 
Le dividende national, créateur d’emploi et de partage du travail
 
Parce qu’il est inconditionnel, le dividende national est neutre. Il ne discrimine pas ses bénéficiaires. Ils n’ont donc pas d’avantages à tirer du maintien d’un état ou d’une condition qui ne leur assure plus d’assistance particulière. Le dividende national inverse la logique de l’assistanat. 
En revanche, sa distribution inconditionnelle offre à tous plus de liberté pour choisir la qualité de l’emploi, la durée du temps de travail et les périodes de formation. On sait, en effet, que de nombreuses personnes ne trouvent pas d’emploi parce que leur productivité n’est pas assez élevée, parce que les éventuels employeurs considèrent que leur coût salarial excède la valeur ajoutée qu’ils peuvent engendrer. L’exclusion de ces personnes du marché du travail détruit du capital humain, mais entraîne une augmentation des revenus de transfert. Ce coût rend l’emploi plus rare.
La distribution des dividendes nationaux supprime, en revanche,  tous les revenus de transfert. Elle permet ainsi aux entreprises de maintenir des activités à faible productivité et faible valeur ajoutée. Elle  permet d’élargir l’éventail des emplois.
Par ailleurs, le partage du travail dans une économie sans ou à faible croissance et sans création d’emplois devient plus aisé. La flexibilité de l’emploi et la flexibilité salariale sont mieux acceptées grâce à la sécurité qu’offre l’attribution d’un dividende national.
Le dividende est ainsi créateur d’emplois et constitue une incitation au partage du travail.
 
Le dividende national, arbitre d’un nouveau partage
 
Le niveau du dividende national devra répondre à des objectifs économiques définis pour fonder un nouvel arbitrage social. Trop bas, il pourrait être interprété comme une subvention donnée aux entreprises encouragées à baisser les salaires. Trop haut, il pourrait être accusé d’encourager alors les populations à ne pas avoir d’emploi. André Gorz avait développé ces questions. Il s’agira de savoir quel seuil ce dividende doit atteindre pour ne pas pénaliser la production et ne pas appauvrir le pays.
L’analyse est ici différente selon la structure des emplois de l’entreprise, selon qu’ils sont peu qualifiés ou hautement qualifiés et en principe davantage rémunérés.
Il conviendra sans doute de situer le dividende national entre le minimum vital et un niveau de vie suffisant.
Ces deux concepts sont connus, mais mériteraient d’être revisités. Un minimum vital est un concept quasi sanitaire. Il suppose de définir les besoins sanitaires physiques comme psychologiques minimaux de chaque personne en fonction de son âge, de son environnement social, culturel, climatique.
Un niveau de vie suffisant est un concept différent. Il  s’inscrit dans un environnement social déterminé. Il n’est pas identique selon que l’on a une basse ou haute situation sociale, selon le niveau de développement du territoire sur lequel on vit.
Ces approches sont sans doute complexes, mais ne doivent pas occulter le fait que le travail restera toujours un facteur d’identité, de développement et d’épanouissement personnel, et de sociabilité, quelle que soit la valeur monétaire que l’on puisse lui donner.
 
Le dividende national, garant des niveaux de vie familiaux
 
La distribution de dividendes nationaux instaurera un nouvel arbitrage de  la répartition des revenus entre les populations actives et inactives, jeunes et âgées, en charge de famille et sans charge de famille, rentière ou laborieuse. On a souligné ici que la dégradation des revenus familiaux a participé à la chute de la fécondité depuis 25 ans dans nos sociétés.
On comprend ainsi aisément les incidences que peut avoir une modification de l’estimation du coût économique de l’enfant dans une approche du niveau de vie des ménages.  Cette estimation est donc importante pour déterminer les dividendes nationaux qui reviennent aux ménages en charge d’enfant.
En tout état de cause, le dividende national est servi dès le premier enfant et atteint pour chaque enfant un montant très supérieur aux prestations familiales actuelles. Il s’appréciera bien davantage à l’aune du montant qu’elles devraient atteindre si elles avaient maintenu l’ambition de préserver le niveau de vie des familles qui était à l’origine de la politique familiale.
 
Le dividende national, un revenu de base à l’âge de la retraite
 
 
Le versement permanent d’un dividende national justifie encore, à l’âge de la retraite, le travail domestique et social. 
Son montant pourra varier en fonction du taux de croissance de l’activité économique et de la population totale, mais également de la part du crédit social que le législateur lui accorde. Il sera complété par des revenus issus de l’épargne constituée pendant la vie active sur les précédents dividendes distribués et sur les salaires reçus. Le dividende national, rappelons-le, est un salaire indirect autogéré.
 
 
Les critiques précédemment adressées à l’encontre de la capitalisation cessent d’être pertinentes ici. D’une part,  la réforme bancaire exigée par la monnaie intégrale et souveraine garantit la sécurité et la stabilité du pouvoir d’achat de l’épargne. D’autre part, la distribution permanente de dividendes nationaux, en plus des revenus du travail et le cas échéant du capital, offre à tous la capacité de développer cette épargne.
On sait que la capitalisation est un système risqué quand elle est tributaire des fluctuations financières et boursières, des mouvements spéculatifs et systémiques. Mais comme la réforme présentée ici interdit toute création de crédit ex nihilo, et supprime ainsi les mouvements spéculatifs, les bulles financières et les dérives systémiques qu’elle produit, les épargnes, de quelque durée qu’elles soient, deviennent sécurisées. Elles ne peuvent plus être prêtées sur des termes plus longs que celles pour lesquelles elles ont été confiées à des gestionnaires financiers. La marche de l’économie en devient plus sereine.
On sait également que la capitalisation est surtout favorable aux bénéficiaires de revenus continus et élevés qui peuvent en épargner une partie pendant leur vie active, alors que ceux qui perçoivent des revenus plus irréguliers et moins élevés, ou craignent le lendemain ne peuvent le faire dans la même proportion, et sur des longues périodes. Mais le revenu permanent qu’offre le dividende national, permet de réduire les écarts en  accroissant les bas revenus relativement aux autres, et permet à chacun d’épargner et d’autogérer à son gré ce surplus de revenu.
 
 
Le dividende national et la citoyenneté
 
On peut s’interroger sur l’opportunité d’attribuer un dividende national à des résidents étrangers et des non-résidents, ou encore la situation des personnes incarcérées ou privées de leurs droits.
Christine Boutin avait énuméré quelques-uns de ces statuts ou situations. On doit cependant rappeler ici que le dividende national n’est pas, comme c’est le cas pour la plupart des revenus de base, le seul canal de distribution d’un droit sur le patrimoine commun.
Les droits sur le patrimoine commun sont diffusés par la politique monétaire du crédit social par le canal des dividendes nationaux, mais aussi par ceux des investissements en biens collectifs et des ajustements sociaux.
 
Les étrangers résidents sur le territoire et les travailleurs immigrés bénéficieront, comme tous les nationaux résidents, des équipements et des biens collectifs, des ajustements sociaux qui seront financés par le crédit social, mais ils ne bénéficieront pas des dividendes nationaux. Ils pourront toutefois bénéficier de revenus de substitution financés dans le cadre des ajustements sociaux négociés entre les branches professionnelles ou les collectivités publiques et l’Etat. Par ailleurs, dans le cadre d’accords bilatéraux entre Etats, un dividende pourra être servi à des résidents étrangers dont le pays d’origine accorde également un dividende dans les mêmes conditions et proportions à nos compatriotes émigrés.
 
En revanche, les personnes incarcérées pourront bénéficier d’un dividende national de façon à les aider à assurer les moyens nécessaires à leur subsistance carcérale, à payer leurs dettes sous certaines conditions. Ces dividendes pourront être bloqués jusqu’à leur libération ou remis à leur famille pendant leur détention.
Les dividendes nationaux destinés aux mineurs, mais distribués à leurs parents pourront être également partiellement bloqués sur un compte épargne jusqu’à la majorité des enfants. On s’attachera ici à trouver un modèle profitable à toutes les générations de la famille, qui permette aux parents de préserver leur niveau de vie et aux enfants de se constituer un capital disponible pour financer leurs premiers investissements sans faire appel au crédit bancaire.
 
 
Le dividende national fonde un nouvel ordre social
 
La distribution de dividendes nationaux encourage la natalité, réduit le coût du travail, arbitre le partage de la valeur ajoutée, diminue voire supprime la pauvreté monétaire, renforce l’homogénéité de la dispersion des revenus, autorise le partage du travail et la pleine activité de tous. Il assure un revenu permanent pour tous. Il fonde en définitive un nouvel ordre social.
 
Avançons vers la prospérité et le partage.
La prospérité, ce n’est pas la croissance économique. C’est la préservation et le renouvellement du patrimoine collectif, qu’il soit humain, naturel, social, culturel ou matériel.
Le partage consiste à le répartir et à en garantir à tous l’usage.